Perrine Le Querrec, Rouge pute

Ce qui ruine l’être féminin

“Pendant plu­sieurs semaines, des femmes, des héroïnes, m’ont confié leur vie et leurs mots. Notre besoin com­mun (était)  de bri­ser le silence et l’indifférence autour des vio­lences conju­gales et ses nom­breux visages.” écrit Per­rine Le Quer­rec.
D’où ce livre consti­tué de frag­ments. L’ensemble devient une «nar­ra­tion» ou plu­tôt une suite d’évocations ins­crites sous l’ordre des femmes et de leur défense.

Le but est moins de décrire le réel que de l’interroger à tra­vers elles. Elles sont pleines de souf­frances. Leur corps et leur coeur en sont gai­nés.
S’y découvre une sacré dose d’épouvante et ce, dans bien des détails.

Une fois de plus, la poé­tesse déterre les trau­ma­tismes, sou­lève ce qui ruine l’être fémi­nin. Elle pousse néan­moins au-delà des muti­la­tions et redonne voix aux fan­tômes que cer­tains veulent muets.
La lit­té­ra­ture s’élance en consé­quence contre des fra­cas endu­rés  au sein de silences.

Pour l’exprimer, Per­rine Le Quer­rec n’écrit pas seule­ment des his­toires mais trouve une langue. Elle  décrit moins des situa­tions qu’elle invente la mise en forme la plus forte pos­sible. Non que ce qu’elle raconte soit des anec­dotes, mais il s’agit de bien plus : la décou­verte d’horreurs intimes et de soli­tudes.
Les mots sont ceux qu’il faut : ils inter­rogent, sou­lèvent les sujets, les vic­times, écorchent les monstres là où l’écriture devient une ana­to­mie. Elle sort chaque “organe” vio­lenté, le pèse, sou­pèse, le dissèque.

Certes, il ne faut donc pas s’attendre à une nar­ra­tion gué­ris­seuse car ce n’est pas si simple. Mais existe une lutte contre les monstres qui pro­li­fèrent et nagent tou­jours tous azi­muts et en impu­nité.
Existe une pro­messe du temps qui jaillit moins de ce qui est dit que de com­ment cela s’exprime.

Il s’agit chaque fois de retrou­ver une mai­son : pas for­cé­ment celle de la famille ou du couple mais celle de la femme qui n’y serait plus spo­liée, pié­gée et bafouée.

jean-paul gavard-perret

Per­rine Le Quer­rec, Rouge pute, Edi­tions La Conte Allée, coll. La Sen­ti­nelle, 2020., 96 p. — 15, 00 € 

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