Frédéric Worms, Sidération et résistance & Les Maladies chroniques de la démocratie

Allons au-devant de cha­cune et de chacun ?

Ayant appré­cié cer­tains articles de Fré­dé­ric Worms parus dans Libé­ra­tion, notam­ment au sujet de la Chine, j’ai sou­haité lire ces deux ouvrages sans me dou­ter du pen­sum qui m’attendait.
Certes, on trouve dans le pre­mier des chro­niques per­ti­nentes, dont celles que je connais­sais déjà — “Le Temps de l’impudence“, “La Syrie et le ver­tige de l’impunité“, “Simone Veil, Claude Lanz­mann : des com­bats vivants“, “Morale, vous avez dit morale ?“, “Le Crève-cœur“ et “L’Epidémie est poli­tique“ -, mais la plu­part des autres textes forment comme un por­trait de l’intellectuel fran­çais de gauche sous son aspect le plus caricatural.

Frédé­ric Worms a repéré divers pro­blèmes – que nul n’ignore – allant du racisme au réchauf­fe­ment cli­ma­tique, et il exhorte les États comme les indi­vi­dus à pas­ser à l’action, main­te­nant, tout de suite, pour les régler, sans oublier qu’il y fau­dra du temps.
S’agissant de l’accueil des réfu­giés, cela donne : « Que les cadres struc­tu­rants et indi­vi­duants de la vie humaine dans le temps soient ébran­lés – par la guerre ou par la misère – alors la pre­mière urgence, tout autant que le secours vital qui per­met déjà de ne pas suc­com­ber, est de les recons­ti­tuer à tra­vers une indi­vi­dua­tion véri­table qui redonne à cha­cune et à cha­cun les moyens de son des­tin. Et cela sur plu­sieurs géné­ra­tions, tant la vie tem­po­relle dépend de cet hori­zon. Faisons-le d’urgence et non pas dans une boîte noire expor­tée dont on se débar­rasse et qui nous revien­dra, char­gée de vio­lence. Mais ici et par­tout, en allant au-devant de cha­cune et de cha­cun, pour la paix de demain, dès main­te­nant. » (p. 90).

Vous en rede­man­dez ? « Il faut donc faire avan­cer l’idée et la réa­lité d’une orga­ni­sa­tion démo­cra­tique du monde face aux pro­blèmes mon­diaux, aux injus­tices et aux guerres, au numé­rique, aux pol­lu­tions (que l’on pense au désastre et au scan­dale euro­péens sur les per­tur­ba­teurs endo­cri­niens), ou au cli­mat. Ce n’est pas une abs­trac­tion mais une confron­ta­tion concrète qu’il faut faire avan­cer en confron­tant et en étu­diant les dif­fé­rents contextes, ici et là, en Hon­grie, en Pologne, en Alle­magne, et bien sûr en France et ailleurs » (p. 134).
Il arrive aussi, quoique ce soit rare, qu’un de ces vœux pieux prenne une forme plus concise : « Il faut donc recon­nec­ter la poli­tique et le savoir » (p. 98).

Quant aux Mala­dies chro­niques de la démo­cra­tie, qui repose sur l’idée qu’il y a de la vio­lence dans toutes les rela­tions humaines, et donc dans les démo­cra­ties aussi, on peut y lire entre autres cette injonc­tion : « Nous devons par­tir plu­tôt des divi­sions et des fra­gi­li­tés (mais aussi des forces et des res­sources) d’une “nature humaine“ impar­faite, pour pen­ser les ins­ti­tu­tions qui, néces­sai­re­ment impar­faites et fra­giles elles aussi, et ainsi rendre le sujet heu­reux » (p. 117).
Mani­fes­te­ment, il manque quelque chose dans cette phrase, mais il est per­mis de dou­ter que com­plète, elle aurait plus de sens et d’utilité.

De fait, lorsqu’on finit par arri­ver aux « Conclu­sions et pers­pec­tives » que ce livre nous offre, il s’avère qu’il faut « renon­cer à l’idée abs­traite d’une conver­gence glo­bale [des luttes] ou à l’utopie démo­cra­tique réa­li­sée, pour relier tout de suite et de l’intérieur tel enjeu, aussi minime soit-il en appa­rence, telle dis­cri­mi­na­tion enfin dévoi­lée et dépas­sée, tel accès à tel droit enfin rendu pos­sible à tel ou tel qui en était privé, relier tous ces enjeux, donc, à des prin­cipes abso­lus. Il convient que cha­cune et cha­cun sente à la fois des pro­grès pré­cis et concrets dans sa vie et le lien de ces pro­grès non pas avec un rejet des prin­cipes uni­ver­sels, mais au contraire avec leur affir­ma­tion et leur avan­ce­ment, car ces deux pro­grès sont indis­so­ciables et insé­pa­rables et ne se feront jamais l’un sans l’autre. » (pp. 233–234).
Est-ce clair, pour cha­cune et pour cha­cun ? Il ne vous reste plus qu’à mettre cela en pratique.

agathe de lastyns

Fré­dé­ric Worms,
Sidé­ra­tion et résis­tance. Face à l’événement (2015–2020)
, Des­clée de Brou­wer, sep­tembre 2020, 326 p. – 17,90 €.
Les Mala­dies chro­niques de la démo­cra­tie, Des­clée de Brou­wer, sep­tembre 2020, 243 p. – 7,90 €.

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