Stéphane Charpier, La Science de la résurrection

Plus angois­sant que Frankenstein

Hyper­sen­sibles, hypo­con­driaques et patients por­tés à vous méfier des méde­cins, pas­sez votre che­min : ce livre a de quoi vous don­ner des cau­che­mars, voire vous faire renon­cer à cer­tains soins.
Je vous décon­seille même de lire ce qui suit, quoique j’aie évité de men­tion­ner les expé­riences, sou­vent pénibles à lire, dont l’ouvrage regorge.


Le Pr Char­pier, cher­cheur et ensei­gnant en neu­ros­ciences, a com­mencé à pré­pa­rer ce livre en 2008, après un AVC subi à seule­ment 45 ans. Il y résume une par­tie de l’histoire de la méde­cine, celle qui cherche à com­prendre la vie et à lut­ter contre la mort. Entre le XVIIe siècle, où Tho­mas Willis “res­sus­cita“ une pen­due avant d’inventer le terme “neu­ro­lo­gie“, et les tra­vaux de recherche les plus récents, dont ceux menés par l’auteur, le Pr Char­pier nous pré­sente nombre de méde­cins com­pa­rables (du moins dans une cer­taine mesure) au Dr Fran­ken­stein, sans oublier de retra­cer l’histoire de Mary Shel­ley et de son œuvre.
Le texte est lim­pide, bien écrit, non dépourvu d’humour, ne péchant la plu­part du temps que par son peu de souci des effets que son livre pour­rait pro­duire sur le lecteur.

S’inté­res­sant à la limite entre a vie et la mort, l’auteur nous fait com­prendre pro­gres­si­ve­ment (à par­tir de la p. 195) qu’elle est d’autant plus dif­fi­cile à sai­sir que la méde­cine de réani­ma­tion a pro­gressé, per­met­tant notam­ment de main­te­nir la res­pi­ra­tion et la cir­cu­la­tion chez des patients en état de “mort céré­brale“.
Cette der­nière notion, rela­ti­ve­ment récente, est à dis­tin­guer aussi bien de la mort “clas­sique“ que de l’état végé­ta­tif. Le lec­teur com­prend très bien les dis­tinc­tions grâce à une série d’exemples – pro­pre­ment sai­sis­sants – dont le cas de l’adolescente “morte“ qui a conti­nué de gran­dir ou ceux des “mortes“ qui ont fini par don­ner naissance.

L’auteur se penche aussi sur les EMI (expé­riences de mort immi­nente). S’il refuse d’y voir une preuve de l’existence et de la sur­vie de l’âme, il n’en cite pas moins un article de Pim van Lom­mel, avec lequel il est en désac­cord, selon lequel “Le concept jusqu’ici admis, mais jamais prouvé, que la conscience et les sou­ve­nirs sont loca­li­sés dans le cer­veau devrait être dis­cuté“ (p. 272).
Dans le der­nier cha­pitre de son ouvrage, le Pr Char­pier résume une par­tie des obser­va­tions qui pré­cèdent en ces termes : “La recon­nais­sance de la mort céré­brale comme étant la mort pure et simple n’est pas fon­dée sur des décou­vertes scien­ti­fiques, c’est juste un choix. Il s’agit d’une alter­na­tive à la mort car­dio­res­pi­ra­toire, per­mise grâce aux déve­lop­pe­ments des soins inten­sifs, admise grâce au rôle cen­tral de la conscience dans la vie humaine, et encou­ra­gée par le besoin crois­sant d’obtenir des dons d’organes […]“ (pp. 349–350).

Un peu plus loin : “Aucun cri­tère objec­tif phy­sio­lo­gique simple d’un bas­cu­le­ment irré­ver­sible vers un état de mort n’est pour l’instant dis­po­nible“ (p. 352), et, pour qui­conque n’aurait pas encore com­pris : “[…] même si les pro­grès de la méde­cine ont consi­dé­ra­ble­ment accru l’espérance de vie, la mort reste incom­prise, insai­sis­sable et irré­mé­diable“ (p. 354).
On sait gré à l’auteur de son hon­nê­teté, et l’on espère que ses tra­vaux de recherche fini­ront par faire avan­cer la méde­cine sinon vers l’étape où elle serait une vraie “science de la résur­rec­tion“, du moins jusqu’au point où elle sera capable de vrai­ment sai­sir la mort.

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agathe de lastyns

Sté­phane Char­pier, La Science de la résur­rec­tion, Flam­ma­rion, sep­tembre 2020, 320 p. – 22,90 €.

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