Une photo de grand-mère

Ce roman, facile et agréable à lire pour le jeune lec­teur, laisse au cœur comme un goût de para­dis perdu.

Nous sommes en 1939 à Vilna (aujourd’hui Vil­nius) au temps où la Litua­nie était polo­naise. Sara, petite fille curieuse et enjouée attend avec impa­tience le retour de ses parents ; une épaisse enve­loppe de New York vient d’arriver de la part de l’Oncle Ben­ja­min et la fillette est très dési­reuse d’en connaître le contenu : peut-être des pho­tos de son petit cou­sin Stan­ley et de sa mai­son de Brook­lyn ? Mais Sara est un peu dépi­tée car le cour­rier contient deux invi­ta­tions pour l’Exposition Uni­ver­selle de 1939, des­ti­nées à Raya sa maman et à sa grand-mère Hanna. Pour­tant elle aussi aurait bien aimé voir l’Amérique ! De plus la joie de Raya semble ter­nie par une demande de Ben­ja­min : une photo de grand-mère jeune, un por­trait où elle porte un che­mi­sier à jabot fermé par un camée. Maman aurait-elle perdu la photo en ques­tion ?
Sara décide de l’aider, exa­mi­nant les albums, fouillant les boîtes et les tiroirs ; jusqu’au cof­fret en velours rouge de Raya, per­ché sur la plus haute éta­gère, qui n’échappe pas à ses inves­ti­ga­tions. Elle inter­roge d’autres membres de la famille, trop occu­pés, semble-t-il, pour lui répondre. Mais Mademoiselle-je-me-mêle-de-tout est déter­mi­née à trou­ver le fameux cli­ché, d’autant plus qu’elle sent confu­sé­ment qu’on lui cache quelque chose ; et son entê­te­ment va faire sur­gir un secret soi­gneu­se­ment enfoui depuis de longues années…

Cette his­toire s’enchâsse dans l’évocation inti­miste d’une famille juive : Sara va à l’école et joue du piano, adore la lec­ture, en par­ti­cu­lier les contes de Grimm. Les rela­tions avec ses proches sont basées sur la confiance, le res­pect de l’autre, le sens de la parole don­née et la décou­verte du secret sera vécue comme une tra­hi­son. Mais c’est aussi la vie quo­ti­dienne d’une com­mu­nauté avec ses rites et ses cou­tumes qui est évo­quée et le décor paraît d’autant plus authen­tique qu’il se nour­rit des sou­ve­nirs de l’auteur.

Dans une sobre post­face, Esther Haut­zig relate les ori­gines de cette his­toire, raconte avec pudeur la dépor­ta­tion en Sibé­rie en 1941 puis l’exil à New York. Et le roman, facile et agréable à lire pour le jeune lec­teur, prend une autre dimen­sion : l’évocation d’un monde à jamais révolu, empreinte d’une dou­ceur nos­tal­gique peut-être magni­fiée par le sou­ve­nir, mais qui bou­le­verse en lais­sant au cœur comme un goût de para­dis perdu.

patri­cia chatel

Esther Haut­zig, Une photo de grand-mère (tra­duit de l’anglais par Hélène Mis­serly), L’Ecole des loi­sirs coll. “Neuf”, 2004, 104 p. — 8,50 €.
De neuf à treize ans.

Leave a Comment

Filed under Jeunesse, Non classé

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

*

Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>