Charles Bukowski, Tempêtes pour les morts et les vivants & Sur l’écriture

Incon­tour­nable

Romain Mon­nery a tra­duit à la fois recueil de poèmes et de des­sins inédits de Bukowski parus dans divers maga­zines, conser­vés dans des biblio­thèques ou col­lec­tions pri­vées et  Sur l’écriture, une antho­lo­gie de textes inédits sur le tra­vail et le quo­ti­dien de cette véri­table icône de la contre-culture amé­ri­caine.
L’art de relu­quer les femmes et de por­ter l’attention sur les chats qui trans­portent les secrets du poète ivrogne est res­ti­tué dans ces deux ensembles dis­pa­rates mais essen­tiels car sub­ver­sifs, bien éloi­gnés d’une écri­ture de pilier de comp­toir. Elle est coriace pour faire sor­tir d’un coeur arrosé de whisky “l’oiseau bleu qui veut s’échapper” mais que l’auteur retient de manière astu­cieuse. Il sait qu’il est là mais ne le laisse chan­ter qu’un peu et sans pleurer.

Se moquant de l’obscurité, Bukovwski poète trouve par la poé­sie un moyen d’être tou­jours vivant en épou­sant déchets orga­niques et feuillets poé­tiques écrits lorsque, dit-il, il est trop bourré pour aller au-delà de brim­bo­rions nar­ra­tifs. Il tient à son côté sculp­teur de mots pour prendre aux tripes par leurs sono­ri­tés.
George Mar­tin son édi­teur cali­for­nien, loin du main stream de l’édition, lui a per­mis de sor­tir de son tra­vail de pos­tier et resta tou­jours atten­tif à ce que l’auteur écri­vit pour rete­nir ce qui était fort en éner­gie et sim­pli­cité dans ce qu’il nomma “une ligne claire” (chère nor­ma­le­ment à la B.D.)

Souvent, un lien tente  d’être éta­bli  entre Lowry et Bukowski à cause de la bou­teille, mais le second trouve le pre­mier sans vie et sans soleil autre que de “bla­bla­bla”. A l’inverse, “Buk” cherche l’énergie, la saveur du jus d’envie. Pour lui, trop d’écrivains endorment et il opte pour une écri­ture plus “élec­trique”.
C’est pour­quoi l’auteur à hor­reur de la des­crip­tion. Avec sa manière phy­sique d’écrire devant sa machine qui res­sem­blait à un tank près de son évier. Seul Sher­wood Law­son compte à ses yeux.

Encore aujourd’hui et pour beau­coup d’intellectuels, sa poé­sie ne vaut pas un clou. Mais, pour beau­coup de lec­teurs, il reste le seul poète trop et mal cari­ca­turé en France par l’épisode fameux de l’émission de Pivot. Bukowsli n’a rien à voir avec cette mise en scène.  Poète tar­dif, il est capable d’émouvoir par ses mot qui prennent le contre-pied de l’image qu’on vou­lut lui col­ler.
L’auteur peut être par­fois méchant et a trahi des amis car il avait le vin mau­vais. Il ne cache rien dans ces deux livres : les règle­ments de compte sont là mais il y est ques­tion de musique et de lit­té­ra­ture : Mal­her, Bach, Boris Vian, Céline, Tour­gue­niev, Fante, Car­son Mac Cullers. Il assas­sine tou­te­fois Henry Mil­ler et ceux qu’il consi­dère comme les dégé­né­rés de l’écriture, “enfoi­rés”, “alam­bi­qués” et appli­qués “encu­leurs de poulets”.

Fana­tique des champs de course, Bukowski y res­pire le soleil pour ensuite y aérer ses poèmes. La clarté est sa seule doxa.
Il cherche l’honnêteté (qui n’est pas for­cé­ment la vérité) et la bru­ta­lité. Il demeure à ce titre incontournable.

lire un extrait

jean-paul gavard-perret

Charles Bukowski, Tem­pêtes pour les morts et les vivants & Sur l’écriture, tra­duc­tion de Romain Mon­nery, Au Diable Vau­vert, Paris, 2017 et 2019,

 

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