Auschwitz, l’album de la mémoire

Un docu­men­taire pré­cieux — unique — sur le camp d’Auschwitz, réédité pour le 60ème anni­ver­saire de la libé­ra­tion des camps.

Le sujet 
En 1984 paraît ce docu­men­taire, édité par le CNRS. Alain Jau­bert avait entendu par­ler de pho­tos, retrou­vées par Serge Klars­feld, pho­tos uniques et trau­ma­ti­santes. Un pho­to­graphe S.S, à l’arrivée de convois dépor­tant 380 000 juifs de Hon­grie, avait pris 189 pho­to­gra­phies, qui montrent leur arri­vée et sélec­tion. Sui­vant la dif­fu­sion éprou­vante de ces pho­to­gra­phies, quatre dépor­tées, en com­men­taire off, apportent leurs sou­ve­nirs, d’alors et d’après, leurs impres­sions les plus simples et nues, com­men­tant la manière dont les nazis pou­vaient répar­tir les hommes et les femmes, arra­cher des enfants du bras de leurs mères, la langue qui était celle de l’appel ou la pré­gnance atroce de l’odeur de chairs brû­lées qui régnait dans le camp. 
A
 l’occasion de la com­mé­mo­ra­tion du 60ème anni­ver­saire de la libé­ra­tion des camps de concen­tra­tion, ce docu­men­taire pré­cieux et rare, pour ceux qui ne veulent pas oublier ou igno­rer, se voit réédité.

L’histoire des pho­tos
Lily Jacob, arri­vée à Ausch­witz fin mai 1944, perd toute sa famille. Lorsque les Amé­ri­cains libèrent le camp le 11 avril 1945, elle découvre dans une baraque alle­mande un album, conte­nant près de 200 pho­tos. Iro­nie du des­tin, ce sont jus­te­ment les pho­tos de l’arrivée des convois juifs hon­grois en mai juin 1944. Lily recon­naît sa famille, elle-même. 35 ans elle garde l’album “c’était son album de famille, sa mémoire vivante”, ainsi que le dit Alain Jau­bert. Pho­tos stu­pé­fiantes qui ont saisi dans l’éternité ceux qui allaient plon­ger dasn l’enfer.

Le docu­men­taire
Le film s’ouvre sur un pano­ra­mique pivo­tant pré­sen­tant une vieille photo des bara­que­ments du camp ; sur fond d’un mor­ceau pathé­tique de Bach, le pre­mier com­men­taire évoque l’entrée du camp, que l’on recon­naît comme sa propre mai­son, inou­bliable… Suit un tra­vel­ling sur cette photo, et en sur­im­pres­sion, le pré­nom de ces femmes, et leur numéro de matri­cule. Le spec­ta­cu­laire n’est pas de mise, le film pri­vi­lé­giant le jeu de ces vieilles pho­tos qui parlent tant d’elles-mêmes, et de com­men­taires feu­trés­plein de pudeur et d’humanité. Les pho­tos se suc­cèdent dans l’effroyable suc­ces­sion du pro­ces­sus d’arrivée des pri­son­niers, et les voix lisent tel détail, tel visage, gros­sis par la caméra, narrent leur trau­ma­tisme ; elles s’en sai­sissent et s’en éloignent selon le biais de leurs sen­si­bi­li­tés, de leur mémoire qui ne peut oublier. « A tra­vers leurs visages nous voyons leur passé, et eux, à tra­vers nos regards, voient notre futur ».

Nous demeu­rons des témoins qui ne peuvent res­ter témoins, effa­rés par ces images qui nous sol­li­citent et semblent sur­gir d’un monde loin­tain et trop proche à la fois. Com­ment com­prendre cette bar­ba­rie ? Cette souf­france ? Et ce regard même qui est porté sur cette misère ? “Ces pho­tos qui ras­semblent des mil­liers de visage, qui montrent des scènes sou­vent énig­ma­tique, qui contiennent encore tant de détails signi­fi­ca­tifs, res­tent encore à déchi­frer. Elles ne racontent pas seule­ment une his­toire, celle de l’extermination nazie, mais des mil­liers d’histoires indi­vi­duelles, celle des hommes, des femmes pho­to­gra­phiées encore bien vivants à leur des­cente du train et figés dans leur fagile éter­nité” sou­ligne Alain Jau­bert.
Il y a soixante ans, il n’y pas bien long­temps, des gens sont encore là pour témoi­gner… Mais, bien­tôt, plus per­sonne ne res­tera qui aura vécu dans sa chair ces évè­ne­ments. Des films comme celui-ci en sont d’autant plus néces­saires. Même si la mémoire n’est pas notre seul devoir, nous qui côtoyons les bar­bares de tant de pays.

Les com­plé­ments du DVD
 - “Les camps de concen­tra­tion nazis”(58 minutes) :
Ce film éprou­vant, aux images atroces, tourné lors de la libé­ra­tion des camps, lors de l’enquête mené par les Alliés a été uti­lisé comme preuve au pro­cès des nazis à Nurem­berg. Images des pri­son­niers déchar­nés, des char­niers, des habi­tants et ex-officiers nazis qui ont été for­cés de visi­ter ces hor­reurs afin de connaître la vérité pleine de ce qu’ils avaient accepté. Dans toute l’Allemagne d’après guerre, le film fut dif­fusé pour dénon­cer les crimes du régime nazi.
– “Ausch­witz, faits et chiffres” (30 minutes) :
Annette Wier­viorka, direc­teur de recherche au Centre de recherches poli­tiques de la Sor­bonne (CNRS), expose clai­re­ment les prin­ci­paux faits et élé­ments de la logique anti­sé­mite nazie
– “Entre­tien avec Alain Jau­bert” (24 minutes) :
Face à Syl­vie Lin­de­perg, maître de confé­rences à Paris 3, Alain Jau­bert, auteur de la célèbre col­lec­tion Palettes, raconte l’histoire des pho­tos qui com­posent le docu­men­taire, expli­quant son approche de la Shoah.

samuel vigier

Alain Jau­bert Ausch­witz, l’album de la mémoire

édi­tions Mont­par­nasse, zone 2, Pal, DVD 9, 4/3, son dolby digi­tal et mono, 143 minutes.

Bonus :

-  Les camps de concen­tra­tions nazis ; docu­men­taire d’époque
-  Ausch­witz, faits et chiffres, par Annette Wier­vorka
-  Entre­tien avec Alain Jau­bert, par Syl­vie Lindeperg

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