Martin Herbert, Betty Tompkins, Fuck Paintings, etc.

Le radi­ca­lisme frac­tal de Betty Tompkins

Betty Tomp­kins offre des inter­pré­ta­tions par­ti­cu­lières sous le titre de « Fuck Pain­tings ». des images por­no­gra­phiques dont elle s’inspire, Elles font suite et com­plé­ment à ses « Cunt Pain­tings » et « Kiss Pain­tings » dans les­quels déjà le sexe était dévoilé et omni­pré­sent. La cen­sure ne resta pas muette. Et suite à ses inter­dits de 1973, Betty Tomp­kins décida afin de les détour­ner en appli­quant des tam­pons « Cen­so­red » pour cou­vrir iro­ni­que­ment ce qu’on ne sau­rait voir.

Payant le prix de ses audaces, l’artiste tomba en dis­grâce et presque dans l’oubli jusqu’à sa redé­cou­verte grâce à Mit­chell Algus spé­cia­liste des traques intem­pes­tives mais com­bien utiles à la relec­ture des arts. Désor­mais, Betty Tomp­kins est très pré­sente aux USA. Un peu moins en Europe même si les expo­si­tions de l’artiste com­mencent à se suc­cé­der. La bien­nale de Lyon « C’est arrivé demain » (2003) a effec­tué le pre­mier pas dans un face-à-face avec les œuvres de Ste­ven Par­rino. Les œuvres des deux créa­teurs offraient une reprise et une réin­ter­pré­ta­tion de mono­chromes gris afin de don­ner l’illusion des plis du phal­lus chez l’un et des lèvres fémi­nines chez l’autre.

L’
opprobre qui recou­vrait l’artiste sa calme peu à peu. Son exhi­bi­tion­niste très par­ti­cu­lier et expres­sion­niste est enfin com­pris. Il n’en demeure pas moins que cer­tains voient tou­jours en l’œuvre un cor­pus dia­bo­lique, mal­veillant, ordu­rier. Betty Tomp­kins n’en a cure : au besoin elle en rajoute un peu. Dans sa der­nière série, les péné­tra­tions sont trai­tées en une approche hyper­réa­liste noir et blanc. L’évidente radi­ca­lité tient pour­tant à une para­doxale « abs­trac­tion » dans la mesure où l’artiste «serre » la méca­nique des scènes au plus près. L’effet de très gros plan pro­voque une mise en abyme.
Amants et/ou par­te­naires sont réunis uni­que­ment « par où ça (se) passe ». Si bien que les répu­tées « por­no­graphes » que furent ou sont les Bell­mer, Fau­trier, Mac­che­roni et Ser­rano semblent relé­gués au rang d’aimables plai­san­tins sup­plan­tés par la pho­to­graphe new-yorkaise. Pour autant, l’œuvre n’a en aucun cas pour but de faire lever du fan­tasme. Les agré­gats et la stra­té­gie esthé­tiques ren­voient à une cru­dité de constat. S’y découvre aussi la méta­phore agis­sante et obsé­dante de la vie qui par le noir et blanc s’ouvre à un lan­gage quasi mar­mo­réen là où nor­ma­le­ment la sou­plesse s’impose… Si bien que tel est pris qui croyait prendre.

Ce tra­vail ne peut s’envisager et se « dévi­sa­ger » (si l’on peut dire…) que sur un pro­ces­sus de réflexion et non de pul­sion. L’œuvre porte en elle son Fatum entre la lumière et l’ombre, l’intelligence et l’instinct. Sur­git para­doxa­le­ment ce qui dépasse le pur cor­po­rel, qui dépasse aussi le lan­gage en tant qu’outil de com­mu­ni­ca­tion. Les “Fuck Pain­tings” ne pos­sèdent pas seule­ment une fonc­tion de nomi­na­tion. La révé­la­tion se fait par des images lus­trales qui deviennent ce que Leliana Klein nomme “le lan­gage obligé” . Il s’inscrit en faux contre les lettres d’or de la “loi” de la pseudo-vérité de l’Un puisqu’ici tout se passe dans l’entre-deux.

Lire notre entre­tien avec l’artiste

jean-paul gavard-perret

Mar­tin Her­bert, Betty Tomp­kins, Fuck Pain­tings, etc. , Dash­wood Books Edi­teir, New York, 2011, 25,00 $,
Betty Tomp­kins : “Fuck Pain­tings”, Gale­rie Rodolphe Jans­sen, Bruxelles, 2012.

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