Robert Seethaler, Le champ

Entre réa­lisme et voix des morts

L’acteur autri­chien Robert See­tha­ler — héros d’une série alle­mande popu­laire — publie son sixième roman.  Son nar­ra­teur croit y entendre par­ler les morts sans pour autant com­prendre ce qu’ils disent.
En consé­quence, il pro­pose des inter­pré­ta­tions sans en rete­nir une en par­ti­cu­lier là où le “Champ” sent “la terre humide et la fleur de sureau” dans une ode à la mélan­co­lie où 29 morts vont être enten­dus dans bien des ambi­guï­tés “existentielles”…

Chaque voix pos­sède une âme, une his­toire et ce qui l’a fit bas­cu­ler. L’écriture est simple et belle dans une varia­tions de per­son­nages qui par­fois reviennent d’un récit à l’autre.
Sur­git un réseau d’âmes sin­gu­lières dans un recen­se­ment sub­jec­tif  au sein d’un vil­lage dans un temps qui demeure assez flou et un uni­vers autar­cique là où des abîmes s’ouvrent entre dif­fé­rentes ver­sions des morts sur leur existence.

Une société se met en place — du maire à l’idiot du vil­lage en pas­sant par le curé illu­miné. Le jaune colore ce livre à tra­vers divers motifs maî­tri­sés mais d’où jaillissent tou­jours une émo­tion et par­fois l’humour,  là où la fin donne son sens à la vie. S’attarder entre les tombes per­met de com­prendre le vivant  comme la phrase d’exergue (de Lee Mas­ters) le pré­cise.
La vie du vil­lage est là, entre réa­lisme et voix des morts, entre sen­si­bi­lité et une cer­taine dis­tance  :  la mort n’expliquant pas tout, elle ne peut pas tout pardonner.

jean-paul gavard-perret

Robert See­tha­ler, Le champ, tra­duc­tion Eli­sa­beth Lang, Sabine Wies­pe­ser Edi­tions, Paris, 2020.

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