Philippe Muray, Ultima Necat III, Journal intime (1989 — 1991)

Le curé défro­qué d’un petit monde littéraire

Les Belles Lettres contri­buent à publier des livres incon­nus d’écrivains qui firent une cer­taine moder­nité par­fois consé­quente. Mur­ray en était. Mais son Jour­nal intime suinte d’une sourde acri­mo­nie — et c’est peu dire.
Il souf­frit de ne pas être aussi reconnu qu’il l’estimait et devint jaloux de celles et ceux qui béné­fi­cièrent d’un suc­cès qu’il ne connut jamais. D’où, entre autres, des pages à la limite de la calom­nie envers Cathe­rine Millet qui fit beau­coup pour­tant pour lui.

Celui qui fut un essayiste et polé­miste brillant et un roman­cier secon­daire bas­cula peu à peu dans l’amertume par­fois crasse voire “mer­deuse” au sens pre­mier du terme. Bas­cu­lant d’une extrême gauche à la case oppo­sée de l’échiquier poli­tique, aban­don­nant ceux qui l’avait aidé (de Jacques Hen­ric, à Sol­lers et même à BHL) il en devient auprès d’une égé­rie dou­teuse (Eli­sa­beth Lévy) le pour­fen­deur.
Il brûle les ami­tiés pas­sées de manière pitoyable tant se font sen­tir moins des argu­ments “ration­nels” que le poids de la rancoeur.

Cet impor­tant cor­pus en pâtit. De telles vati­ci­na­tions en rien far­cesques réduisent l’ensemble à un ramas­sis de ragots et son écri­ture crou­pit dans un mari­got que l’auteur se com­plaît à rendre plus pitoyable qu’il fut. Et ce, dans une atti­tude  valé­tu­di­naire plus qu’atrabilairement consé­quente. Celui qui voit par­tout des cra­pules, des pla­giaires, des valets ren­voie à sa propre psy­ché à tra­vers de tels por­traits au soufre souf­fre­teux et délè­tère.
Se pré­ten­dant des­cen­dant d’une haute lignée de noblesse, il se rabaisse dans cette somme soma­tique à un ramas­sis de ragots envers ceux qui furent ses amis (Scar­petta, Hen­ric et Millet dont leur “Art Press” prend de manière gra­tuite des volées de bois vert ).

Le baron noir est sou­vent pitoyable. Ne reste dans ces pages que la face la plus mes­quine d’un auteur hai­neux et mégalo. Il perd ici ses der­nières dorures sous des stucs minables pré­ten­tieux et rado­teurs. Mais c’est sans doute la loi d’un petit monde lit­té­raire où Mur­ray se rêva sou­ve­rain pon­cif et dont il ne fut que le curé défroqué.

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jean-paul gavard-perret

Phi­lippe Muray, Ultima Necat III, Jour­nal intime (1989 — 1991), Les Belles Lettres, Paris, 2020, 656 p. — 35,00 €.

1 Comment

Filed under Essais / Documents / Biographies

One Response to Philippe Muray, Ultima Necat III, Journal intime (1989 — 1991)

  1. Guillaume Basquin

    Merci. On va s’éviter un inutile livre…

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