Fabio Viscogliosi, Harpo

Le livre des errances

Dans ce roman, Harpo — un des Marx Bro­thers — va réin­ven­ter le monde en l’ “oubliant” contraint et forcé et ce, lorsqu’il lui prend l’envie de visi­ter la France. De retour d’une tour­née en solo en URSS, il reporte son embar­que­ment au Havre et prend un train pour Paris, loue une voi­ture qui per­cute un arbre — ce qui lui fait perdre la mémoire dans les rues comme la rase cam­pagne.
Il parle avec les mains pour com­mu­ni­quer avec l’ermite écri­vain de livres sco­laires et qui l’héberge. Harpo apprend (un peu) le fran­çais, rêve, des­cend à Lyon. Un jour­na­liste publie un article sur ce drôle d’amnésique tan­dis que ce der­nier s’improvise ouvrier dans une imprimerie.

Mais, entre-temps la chasse s’est orga­ni­sée. Et ce, après qu’on ait reçu des nou­velles de l’Est, par télé­gramme, selon les­quelles Harpo a bel et bien quitté Mos­cou comme prévu. Il est bien des­cendu au Havre, mais à la des­cente du train sa trace se fond dans le pay­sage. Les frères Marx ont embau­ché le meilleur détec­tive privé de New York : un enquê­teur d’origine fran­çaise dépê­ché sur place.
Il remonte la piste d’abord “en allu­mant une nou­velle Ches­ter­field”. Il déam­bule dans le bureau et vient se chauf­fer les fesses contre le radia­teur en fonte. Voilà une affaire qui l’émoustille, c’est un tableau vapo­reux à sou­hait, sfu­mato, comme il les aime. La dif­fi­culté le sti­mule, mieux, le ras­sure. À pré­sent, il l’affirme, poings ser­rés, on va retrou­ver Harpo. Et il va effec­ti­ve­ment décou­vrir le somnambulique.

Visco­gliosi crée une aven­ture roma­nesque et gro­tesque qui rap­pelle les films comiques des frères Marx et renou­velle les grosses ficelles de leurs fic­tions. Existe là tout leur rythme en un pas­tiche empreint de ten­dresse au milieu d’anecdotes extra­or­di­naires et des hasards télé­pho­nés.
Ils  deviennent néan­moins cré­dibles dans cette liberté d’invention enjouée et comique.

jean-paul gavard-perret

Fabio Vis­co­gliosi, Harpo, Actes Sud, coll. “Un endroit où aller”, jan­vier 2020, 176 p. — 18,00 €.

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