Dominique Dyens, Intuitions

Un thril­ler peu pal­pi­tant, sauvé par sa construc­tion originale

Natha­lie et Patrice Royer mènent une vie bour­geoise dans une petite ville des Yve­lines, où la bonne société se connaît et se fré­quente, entre gens de bonne com­pa­gnie. Lui, avo­cat réputé, défend les maris dans les affaires de divorce. Elle visite et vend des pavillons cos­sus à des clients exi­geants. Leur fils Gré­goire fait la fierté de sa mère en pour­sui­vant des études brillantes à New-York.
Bien sûr, cette vie n’est par­faite qu’en appa­rence. Sous le ver­nis, Patrice trompe sa femme avec la future belle-mère de son fils, Natha­lie sup­porte mal de vieillir, se bourre d’anxiolytiques et songe à prendre un amant, et Amé­lie, la cadette de la famille, est une ado­les­cente rebelle et irrévérencieuse.

Avec la chute de Leh­mann Bro­thers, sui­vie de près par l’annonce par Gré­goire qu’il rentre à Bois-Joli pour épou­ser Gala, une jeune femme mys­té­rieu­se­ment ren­con­trée dans un hôpi­tal amé­ri­cain, un grain de sable s’insinue dans les rouages bien hui­lés de leur vie d’apparat. Les peurs se font para­noïa, les non-dits, secrets dévas­ta­teurs, et la satire sociale devient thril­ler psychologique.

Domi­nique Dyens aime se jouer de la vie de couple. Entre adul­tères et faux-semblants, elle la mal­mène avec gour­man­dise. Et si la femme est son sujet de fond, Intui­tions n’est cer­tai­ne­ment pas un roman fémi­niste. Certes, les hommes dans ce livre manquent sin­gu­liè­re­ment d’intuition et d’empathie, mais les femmes ne béné­fi­cient pas d’un trai­te­ment beau­coup plus enviable. Elles sont bous­cu­lées, entre crise de la qua­ran­taine et d’adolescence, entre hys­té­rie et aveu­gle­ment, volon­taire ou non. Comme les hommes, elles tentent mal­adroi­te­ment de sau­ver les appa­rences. La seule qui trouve grâce aux yeux de l’auteur, visi­ble­ment, c’est l’adolescente, Amé­lie, par ailleurs nar­ra­trice inter­mit­tente de l’histoire.

Mais ce qui fait l’intérêt de ce livre, ce n’est ni la satire sociale — plu­tôt une accu­mu­la­tion de cli­chés sur le milieu petit-bourgeois qui est décrit -, ni le thril­ler psy­cho­lo­gique — un sus­pense arti­fi­ciel dont la réso­lu­tion paraît pour le moins tirée par les che­veux -, encore moins le côté volon­tai­re­ment moderne du roman (le fils pro­digue annonce son retour par sms, la mère fait des recherches sur sa future belle-fille via Face­book), dont les dia­logues se veulent un mélange de babillage collet-monté et d’expressions gros­sières ou bran­chées. Le résul­tat donne mal­heu­reu­se­ment une impres­sion de col­lage déma­gogue peu digeste.

Reste la construc­tion, ori­gi­nale, avec son alter­nance de nar­ra­teurs, cer­tains der­rière la plume de l’auteur (les parents), d’autres par leur propre voix (les enfants, Amé­lie en par­ti­cu­lier, dont les réflexions acerbes empêchent le tout de som­brer dans le glauque). Sans oublier les lieux, ces grandes mai­sons aux lourdes portes closes, telles des boîtes de Pan­dore que l’on ferme à clé de peur de reve­nir sur le passé, sans jamais réus­sir à l’oublier.

agathe de lastyns

Domi­nique Dyens, Intui­tions, édi­tions Héloïse d’Ormesson, mars 2011, 192 p.- 17,00 €

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