Collectif, Le livre de l’autre

Quand le “je” fond sur l’autre. Ou pas

Ce livre col­lec­tif pose une ques­tion essen­tielle sous la direc­tion et l’idée de Guy Rou­quet : à savoir, que repré­sente l’autre pour un auteur ? Cette inter­ro­ga­tion est certes vieille comme le monde et il ne faut pas for­cé­ment croire ce que répondent les auteurs — à l’exception peut-être de Bau­de­laire ou Beckett qui ont su don­ner de manière frac­tale une réponse en s’adressant direc­te­ment à leurs lecteurs.trices sem­blables et frères ou soeurs.
Dans l’ouvrage, cet “Autre” se divise en deux. Pour cer­tains, il s’agit de ce celle ou celui qui est à l’origine de l’œuvre, pour d’autres celle ou celui à qui elle s’adresse dans l’avenir. Dans les deux cas se sent néan­moins com­bien cette ques­tion de prin­cipe demeure gênante. Sou­vent, le lec­teur se demande que vient faire l’autre dans une genèse ou la plu­part des auteurs demeurent fixés plus ou moins ouver­te­ment sur leur ego.

Des astu­cieux détournent la ques­tion par le biais de la fic­tion. Mais il existe  quelques uns des écri­vains réunis ici à don­ner des réponses majeures. Entre autres, celles de Ghis­lain Ripault, Domi­nique Sam­piero, Raphaël Spina, G-O Châ­teau­rey­naud, Vénus Khoury-Ghata. Il y a là, comme on dit, du grain à moudre.
A l’exception de ces cas d’espèce, beau­coup des auteurs estiment plus ou moins l’autre. Mais, de fait, en ont-ils vrai­ment cure ? Que cet autre fût le déclen­cheur de l’oeuvre ou celle ou celui à qui elle s’adresse, “je” est rare­ment “l’autre”. Certes, ils ne peuvent l’affirmer aussi crû­ment mais cela se lit et pas seule­ment entre les lignes.

Dans l’ensemble, ces aveux res­tent dans l’anecdote sans doute sin­cères mais sans grand inté­rêt. Rares sont ceux chez qui la pré­sence reste cen­trale. C’est pour­quoi nous ne retien­drons que les auteurs cités plus haut Le reste est vite lu, vite oublié. Ce qui donne plus de prix à ceux qui incarnent l’autre dans leur réponse comme dans leurs livres.
Ils ou elles placent celle ou celui qu’ils (elles) consi­dèrent au centre de leur écri­ture qui prend par­fois, et à ce titre, un goût de cendre dans la bouche. Ils prouvent que, par amour de l’autre, une oeuvre naît.

Cet amour est sans doute incom­pa­tible avec un pro­jet qui, d’une cer­taine façon, pla­çait l’écriture dans l’autobiographie. Cha­cun sait ce qu’un tel genre génère sou­vent des fari­boles ou autres plai­san­te­ries, volon­taires ou non : tout le monde n’est pas Sam­piero ou Khoury-Ghata. Eux ont com­pris com­ment s’en détour­ner car le genre est celui — le plus sou­vent — de la pose ou de la tra­hi­son certes invo­lon­taire mais tra­hi­son tout de même.
Le “je” fond sur l’autre. Sou­vent il ne peut pas s’en empê­cher. Même si les auteurs font tout pour (se) faire croire le contraire.

jean-paul gavard-perret

Col­lec­tif, Le livre de l’autre, Le Cas­tor Astral, coll. L’Atelier Ima­gi­naire, 2019, 192 p. — 15,00 €.

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