Jo Hubert, “Assis !”

Penser au plus près de l’abîme

Les nou­velles de Jo Hubert sem­ble­raient — du moins si l’on en croit le titre — ne pas tenir debout. Mais, de fait, elle nous laissent sur le cul. Nous voilà sur notre séant séance tenante. Les textes sont pour le moins corus­cants là où Eros et Tana­thos deviennent des élé­ments plas­tiques avant que le second ne nous bétonne.
C’est pour­quoi la posi­tion assise est un par­fait milieu entre la sta­tion debout et l’horizontale qui finira bien par nous rat­tra­per défi­ni­ti­ve­ment. Ce qui ne nous empêche pas de pra­ti­quer la petite mort et son pan­théisme avant de rejoindre un Pan­théon anonyme.

Jo Hubert se fait belle de cas d’X. Mais pas seule­ment. Elle même écrit assise — les lutrins res­tent en effet peu adap­tés à son âge et sa pré­ten­due paresse. Elle pré­fère “une chaise de bureau pivo­tante, à rou­lettes, et suf­fi­sam­ment rem­bour­rée pour ména­ger le dos et les fesses. La cou­leur du tissu recou­vrant la chaise et les motifs qui y sont impri­més sont sans inci­dence sur le dérou­le­ment de son écri­ture. Les lec­teurs inté­res­sés par ce genre de bêtises sont, dans son esprit, soit des féti­chistes soit des ama­teurs de maga­zines de déco.“
Avouons-le : nous en fai­sons par­tie mais parce que Jo est la prin­cesse d’une telle mise en scène.

Celle qui — à côté de son époux et gar­ne­ment Robert Var­lez (artiste qui jadis ou naguère pré­sida à la superbe revue “25”) — ne cesse d’écrire tout en explo­rant la pein­ture et le col­lage est une par­faite “irré­gu­lière belge”. Avant d’être entraî­née par la cre­varde (le plus tard pos­sible), Jo Hubert pro­pose une déam­bu­la­tion sou­ter­raine où les héros s’occupent du mieux qu’ils le peuvent — et c’est un euphé­misme tant leurs sti­mu­la­tions sont diverses — et néces­saires…
Existent là, et sans contre-façons, des éclairs fou­droyants, des moments de sur­chauffe de coeurs bles­sés. Les textes dansent pour pen­ser au plus près de l’abîme ou au-dessus.

Certes, nous allons droit dans le mur puisque c’est ce qui revient à la nature humaine. Dès lors et pour Jo Hubert, pas ques­tion de se per­mettre de don­ner des leçons. Il existe néan­moins l’appel à des “fêtes” et leurs excès sans la moindre bana­li­sa­tion du corps et du coeur.
Les héros sont des insou­mis qui pour­suivent leurs che­mins des enfers et fossés.

jean-paul gavard-perret

Jo Hubert, Assis !, Cac­tus inébran­lable édi­tion, Illus­tra­tions de Robert Var­lez, 2019, 96 p. — 12,00 €.

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