Michel-Marie Zanotti-Sorkine, D’un amour brûlant

A qui s’adresse Jésus ?

Ceci n’est pas l’ouvrage d’un mys­tique. Quoiqu’il soit rédigé comme une lettre du Christ au lec­teur, le livre du père Zanotti-Sorkine tient plu­tôt du caté­chisme pour adultes et de l’interprétation per­son­nelle des Evan­giles. Conscient du fait que le catho­li­cisme a mau­vaise presse de nos jours en France, et sou­cieux de répondre aux accu­sa­tions les plus cou­rantes à l’égard de l’Eglise et de ses dogmes, l’auteur pro­pose une doc­trine qui insiste sur les notions d’amour (ou de bien­veillance envers autrui), de par­don (allant de pair avec une mise en garde contre le juge­ment) et de liberté intel­lec­tuelle.
Ainsi, il rap­pelle que Jésus n’était pas d’accord avec les théo­lo­giens de son temps, pour invi­ter le lec­teur à gar­der éveillé son esprit cri­tique face à l’institution et aux prêtres. Cepen­dant, il observe que si l’Eglise n’existait plus, “un tiers de l’humanité ne man­ge­rait plus à sa faim“, étant donné qu’elle est “la plus grande ONG du monde“ (p. 93), et il insiste sur l’idée que le clergé n’est pas censé être infaillible : “Je veux que mes prêtres com­prennent la misère humaine et l’absolvent en se croyant plus ignobles que leurs frères“ (pp. 93–94).

Par ailleurs, le père Zanotti-Sorkine accorde une large place dans son ouvrage aux réfé­rences lit­té­raires et pic­tu­rales, sui­vant l’idée que “les artistes font œuvre divine en magni­fiant la nature humaine“ (p. 119). Les ama­teurs de Proust appré­cie­ront la manière dont le roman­cier est cité pour tour­ner en ridi­cule les “irré­pro­chables“ qui pré­tendent régen­ter la vie d’autrui (p. 52).
Ce n’est évi­dem­ment pas le genre de Zanotti-Sorkine dont la foi est essen­tiel­le­ment accueillante et indul­gente. Dans le même esprit, il iro­nise sur les fidèles qui récitent leur psau­tier comme si c’était “un livre de recettes de cui­sine“ (p. 89) au lieu de s’imprégner des idées du Christ.

La plu­part de ses thèses sus­citent la sym­pa­thie, et si son écri­ture peine par endroits à nous convaincre que c’est Jésus lui-même qui nous parle, elle ne donne pas pour autant l’impression d’un sacri­lège ou d’une pré­ten­tion cho­quante. Le pro­blème que pose l’ouvrage est d’un autre ordre : il semble viser un lec­to­rat d’athées, qu’il aime­rait conver­tir au fil des pages, tan­dis qu’on peut parier qu’il sera lu presque exclu­si­ve­ment par des catho­liques.
En d’autres termes, le père Zanotti-Sorkine risque de prê­cher des convain­cus par le biais d’un Jésus qui s’adresse aux mécréants.

agathe de lastyns

Michel-Marie Zanotti-Sorkine, D’un amour brû­lant, Artège, octobre 2019, 160 p. – 12,00€

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