Françoise Joudrier (Travaux récents) dans le grand silence du matin — entretien avec l’artiste

Les œuvres de Fran­çoise Jou­drier racontent des his­toires. On ne peut pas pour autant dire qu’elles soient nar­ra­tives. Sug­ges­tives oui. Mais elles ne disent rien de ce qui s’y passe vrai­ment. Et il existe chez l’artiste et impli­ci­te­ment une mise à nu de divers pré­ju­gés sur la repré­sen­ta­tion.
Les oeuvres se rap­prochent d’une éro­tique intui­tive de la pein­ture par un lan­gage aux tona­li­tés sen­suelles. Elles-mêmes s’articulent autour des aléas du sens et de la perte de cadres de références.

Entre­tien :

Qu’est ce qui vous fait lever le matin ?
La satis­fac­tion d’être tou­jours là, vivante, à pos­sé­der ce temps.
Le grand silence du matin, l’air frais /// comme de mar­cher le pre­mier dans la neige blanche..
Il semble qu’à la fin du jour…. La neige n’est plus blanche… souillée de tous mes pas .

Que sont deve­nus les rêves d’enfant ?
Ils sont (heu­reu­se­ment) morts et oubliés pour cer­tains ; réa­li­sés et trans­for­més pour les autres.

A quoi avez vous renoncé ?
A tout le reste ….

D’où venez vous ?
Je viens de loin …

Qu’avez vous reçu en dot ?
Toute l’histoire de l’art comme un bloc.

Un petit plai­sir quo­ti­dien– ou non ?
Oui, je res­sens sou­vent comme je suis bien . Le « bien-être ».

Qu’est ce qui vous dis­tingue des autres artistes ?
Moi !

Com­ment défi­ni­riez vous vos nar­ra­tions pic­tu­rales ?
Pein­ture Expres­sion­niste Figurative.

Quelle est la pre­mière image qui vous inter­pella ?
Cer­tai­ne­ment les illus­tra­tions des livres d’histoire/ lecture/ les cartes « leçon de choses » à l’école pri­maire. Un peu comme des scènes de vie de cer­tains tableaux de Brueghel.

Et votre 1ère lec­ture ?
Biblio­thèque rose et verte.

Quelle musique écou­tez vous ?
Je peux peut-être tout écou­ter sauf le hard rock, le jazz, la musique expé­ri­men­tale… Mais en fait je n’écoute que très rare­ment la musique.. et pré­fère le silence.

Quel est le livre que vous aimez relire ?
Je ne suis pas la femme d’un seul livre //// Avec tous les livres lus, et ceux à lire … La forêt est immense…
Bien consciente lorsque je lis que cer­tains livres ne seront pas relus et d’autres si..

Quel film vous fait pleu­rer ?
Je ne pleure plus devant les films.
Mais si cela pou­vait encore …. Alors ce serait “Requiem pour un mas­sacre” de Elem Klimov.

Quand vous vous regar­dez dans un miroir qui voyez vous ?
La réalité .

A qui n’avez vous jamais osé écrire ?
Per­sonne. Pour­tant il y a du monde.. Je dois man­quer d’imagination…

Quel (le) ville ou lieu a pour vous valeur de mythe ?
La forêt.

Quels sont les artistes et écri­vains dont vous vous sen­tez le plus proches ?
Je n’ai pas le sen­ti­ment d’être proche d’eux, je ne connais pas vrai­ment la vie de ces artistes, mais leur tra­vail résonne en moi, alors ils sont comme des pistes dans l’intérêt qui m’anime et la connais­sance de moi-même. Ils sont fami­liers..
Dans le désordre : Edward Munch, L’expressionnisme alle­mand, V.Van Gogh, Cy Twom­bly, Joan Mit­chel, Per Kir­keby, Egon Schiele, Bacon, Jean-Pierre Pin­ce­min, Eugène Leroy
Mar­gue­rite Duras/Nathalie Sarraute/Virginia Woolf/Eugène Ionesco/Annie Ernaux/Cesare Pavese (Le métier de vivre) Franz Kafka (Le ter­rier) Jean-Paul Sartre au tra­vers des romans et pièces de théâtre, August Strind­berg… Claude Sau­tet, Ing­mar Berg­man, Akira Kuro­sawa, Lars von Triers, Andreï Zvia­guint­sev, Bo Wider­berg, Ohad Naha­rin, Pina Bausch, Blanca Li . Sarah Moon

Qu’aimeriez vous rece­voir pour votre anni­ver­saire ?
L’expérience de vivre au bord d’une crique médi­ter­ra­néenne, dépeu­plée de tout humain.
Vide de tout bétonnage…

Que défendez-vous ?
La jus­tice sociale, le revenu uni­ver­sel pour tous, l’attention éco­lo­gique, l’interdiction de la chasse, l’interdiction des pri­vi­lèges que s’octroient les pou­voirs. Je défends l’idée qui met en avant le phé­no­mène que l’homme n’est pas encore assez civi­lisé, qu’il vit encore dans l’idée de conqué­rir, de domi­ner, d’abuser, de pro­fi­ter de l’autre.. Donc de ne jamais lui don­ner le pou­voir . Je défends l’idée de boy­cot­ter pour faire bou­ger les choses, l’idée du réfé­ren­dum, l’idée de décen­trer la place de l’argent dans notre société et d’y mettre le vivant…. et celle qui dit que la femme est un homme comme les autres. Je défends l’idée que l’homme quand il est ras­suré , est apaisé, qu’il est heu­reux et qu’un pays entier en res­sen­ti­rait les consé­quences béné­fiques. Je défends l’idée que l’on est tout petit face à l’univers, que l’infiniment petit est aussi vaste que l’infiniment grand.. Je défends l’idée que la vie c’est NOW ! Parce qu’un jour il sera trop tard.

Que vous ins­pire la phrase de Lacan « L’amour c’est don­ner quelque chose qu’on a pas à quelqu’un qui n’en veut pas » ?
Oui, c’est un peu vrai, l’incompréhension. En fait les deux pensent avoir peut-être trouvé en l’autre ….

Que pen­sez vous de celle de Woody Allen : « La réponse est oui mais quelle était la ques­tion » ?
C’est très drôle. La liberté c’est de savoir dire non (JP Sartre) et peut être sommes nous pri­son­niers de notre vanité qui veut sou­vent plaire en fai­sant plaisir ..

Quelle ques­tion ai-je oublié de vous poser ?
Bonne ques­tion ! Toute la ques­tion est peut-être là ….

Pré­sen­ta­tion et entre­tien réa­li­sés par jean-paul gavard-perret pour lelitteraire.com, le 9 sep­tembre 2019.

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