Nicolae Petrescu-Redi, Larmes au périscope

Ou la joie du fou

Amalia Achard ne s’est pas conten­tée de tra­duire ces apho­rismes : elle en a fait une judi­cieuse sélec­tion en refu­sant d’offrir un thème direc­teur qui nui­rait à la pro­pé­deu­tique du poète rou­main.
Les apho­rismes de Petrescu-Redi en effet embrassent le monde dans une suite de déclinaisons.

Le lec­teur pourra y trou­ver sa propre sagesse là où la forme la plus ramas­sée ne déforme pas la pen­sée mais la tord : “Age­nouillé, le flat­teur joue au nain qui observe les géants” et sou­dain tout est dit de ces empailleurs qui rêvent d’être empaillés mais qui, pour l’heure, se tiennent au rang d’orpailleurs faus­saires
Petrescu-Redi n’est pas habité comme Cio­ran d’une radi­ca­lité qui, par­fois, le cari­ca­tura. Son “héri­tier” est plus souple et sa pen­sée reste plus cri­tique qu’existentialiste. Le poète demeure sen­sible aux faux sem­blants qui pour­rissent le monde : “On accueille les pauvres à bras ouverts. C’est à dire les mains vides” ou encore “cer­tains bâtissent des pas­se­relles mais ils minent les ponts”. Si bien que tout un état de l’existence “cho­rale” ou plu­tôt dis­so­nante est tissé.

Ce n’est pas for­ce­ment l’occasion d’une fête mais les mots sont justes, les com­pa­rai­sons et les images judi­cieuses. Il est vrai que Petrescu-Redi a trouvé sans doute dans l’aphorisme son genre d’élection. Il reste un poète de la conci­sion et qui, la soixan­taine finis­sant, a atteint cette “joie du fou” qui n’attriste plus le sage mais fait de ce der­nier celui qui a appris à sor­tir des retran­che­ments pour s’affirmer (et le monde avec) sans peur et en se moquant des reproches que les pisse-froid pour­raient lui adres­ser.
L’aphorisme dans sa brié­veté per­met donc à la lumière de s’élever en un volume condensé où nagent les mots. Ils ont scié ici les cordes qui les rete­naient aux lour­deurs des dis­cours. Mais, pour en arri­ver là, c’est toute une his­toire de vie et d’écriture.

jean-paul gavard-perret

Nico­lae Petrescu-Redi, Larmes au péri­scope, tra­duc­tion d’Amalia Achard, Edi­tions Stel­la­ma­ris, Brest, 2019, 250 p. — 24,00 €.

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