Les Sorcières de Salem (Arthur Miller/ Emmanuel Demarcy-Mota)

Les pro­fon­deurs de l’incertitude

Entre des colonnes, dans une atmo­sphère syl­vestre, de jeunes femmes en blanc se meuvent dou­ce­ment. Leurs ges­tuelles sont lentes ; elles pro­cèdent d’une ani­ma­tion douce, res­sem­blant à une danse inté­rieure. Elles vire­voltent comme des gamines, s’étreignent, bati­folent. Autour d’un lit d’hôpital, on retrouve des per­sonnes inquiètes.
Le révé­rend de la contrée est animé d’un pro­fond conflit inté­rieur. Envers les femmes accu­sées de sor­cel­le­rie, se joue quelque chose de la cohé­sion de cette petite société, aux prises avec ses confins, en proie à ce qui lui échappe. Bien sûr, à l’issue d’une pre­mière enquête, un(e) cou­pable semble démasqué(e) ; on entend pro­cé­der à un exor­cisme col­lec­tif. Mais le phé­no­mène prend de l’ampleur, il ne se laisse pas cir­cons­crire dans des catégories.

La pièce et la mise en scène mettent bien en valeur le trouble com­mun. Le tri­bu­nal cherche une vérité là où il ne ren­contre que digres­sions. Cha­cun est assi­gné à un rôle, conduit à com­pa­raître alors même qu’il éprouve l’incertitude de son degré d’implication. Les comé­diens évo­luent avec effi­ca­cité dans un décor sobre, un rien solen­nel, per­met­tant à la réflexion de se déve­lop­per sans être pré­dé­fi­nie.
Emma­nuel Demarcy-Mota brille dans une de ses com­po­si­tions expli­cites, mais livrant pro­gres­si­ve­ment le spec­ta­teur à ses propres inter­ro­ga­tions, comme un déploie­ment des pro­fon­deurs de l’incertitude. Le spec­tacle conjoint plu­sieurs lignes de force, celle de la révé­la­tion, celle de l’institution, celle des émo­tions. Une réus­site impla­cable, à la fois convain­cue et froide.

chris­tophe giolito

 

Les Sor­cières de Salem, d’Arthur Miller

Mise en scène & ver­sion scé­nique Emma­nuel Demarcy-Mota

  © Jean-Louis Fernandez

Avec Élo­die Bou­chez, Serge Mag­giani, Sarah Kar­bas­ni­koff, Phi­lippe Demarle, San­dra Faure, Jau­ris Casa­nova, Lucie Gallo, Jackee Toto, Marie-France Alva­rez, Sté­phane Krä­henbühl, Éléo­nore Lenne, Gérald Maillet, Grace Seri, Charles-Roger Bour.

Assis­tant à la mise en scène Chris­tophe Lemaire ; deuxième assis­tante à la mise en scène Julie Pei­gné ; scé­no­gra­phie Yves Col­let & Emma­nuel Demarcy-Mota ; lumières Chris­tophe Lemaire & Yves Col­let ; cos­tumes Fanny Brouste ; musique Arman Méliès ; créa­tion vidéo Mike Guer­myet ; maquillage Cathe­rine Nico­las ; créa­tion sonore Fla­vien Gau­don ; acces­soires Chris­tophe Cor­nut ; assis­tant lumières Tho­mas Fali­no­wer ; assis­tante cos­tumes Alix Descieux-Read ; réa­li­sa­tion cos­tumes Albane Che­neau, Mar­gaux Pon­sard ; assis­tant son Nathan Che­naud Jof­fart ; conseiller artis­tique Fran­çois Regnault ; trai­ning phy­sique Nina Dipla ; tra­vail vocal Maryse Mar­tines ; ver­sion fran­çaise du texte Fran­çois Regnault, Julie Pei­gné, Chris­tophe Lemaire.

Au Théâtre de la Ville — Espace Pierre Car­din 1, ave­nue Gabriel 75008 Paris

www.theatredelaville-paris.com 01 42 74 22 77 Durée : 1h50

Du 26 mars au 19 avril 2019, du mardi au samedi à 20h, le dimanche à 16h.

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