Florence Andoka, Call-Center

Y’a pas qu’à

Florence Andoka pour­suit sa mise en demeure “de l’universel sin­gu­lier / de la bas­sesse tra­gique” de tous ces faux magi­ciens du monde qui obligent ceux qui les subissent à ne “quit­ter la ville” que les pieds devant. La poé­tesse per­met aux habi­tants des “fau­bourgs” de rele­ver la tête au sein d’un poème écrit d’un seul souffle et qu’elle défi­nit “comme une lita­nie au sens de prière comme du res­sas­se­ment”.
Elle sait cepen­dant évi­ter tout lyrisme facile là où le chaos du monde emporte parmi les “choses” de tous les jours et jusqu’au pom­meau (entar­tré) de douche ou un chewing-gum. Ils deviennent les pauvres sym­boles de la dérive qui nous échoit.

Traver­sant les cultures, Flo­rence Andoka les mêle habi­le­ment en son magma qui avance hors digues idéo­lo­giques dans une splen­dide indé­pen­dance d’esprit. Elle montre com­ment, dès notre nais­sance, le goût de la mort est là. Pour autant,  elle ne se réfu­gie pas en poé­sie comme dans une cité de salut. Mais elle sait qu’il faut mettre des paroles sur cer­tains silences.
Le secret de sa litur­gie se fonde sur la convo­ca­tion des ancêtres contre les mani­pu­la­tions de ceux qui nous empa­paoutent des pro­messes de leurs “y’a qu’à”. L’auteure tient un néces­saire pro­pos féroce mais sans mots pétards ou effets. Elle impose une sub­ver­sion insi­dieuse contre ce qui infecte et gangrène.

Sans illu­sion — ce qui per­met de sor­tir du néant du rêve -, cette lita­nie reste sin­gu­lière. La poé­tesse ne fait pas de com­pro­mis. Face aux voleurs d’énergie, elle impose la sienne. Celle d’une rebelle qui se détourne autant des mots d’ordre poli­tique que des pro­pen­sions à sta­ture pure­ment méta­phy­sique.
Rien ici d’artificiel ou d’inodore face aux “cou­ronnes des pré­textes / qui peuplent les pré­cieuses ordures / et empoi­sonnent l’air / de la charité”.

Sous les aspects mes­sia­niques cette der­nière ne cesse de se culti­ver pour soi-même, entre le vicieux et le vicié.

jean-paul gavard-perret

Flo­rence Andoka, Call-Center, A ditions Van­loo, coll. one­shot, édi­tions Van­loo, Aix en Pro­vence, 2019, 48 p. — 7,00 €.

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