Jacques Sojcher, La confusion des visages

Epipha­nie inversée

Pour per­mettre au dis­cours de se pour­suivre, Soj­cher mul­ti­plie divers che­mins afin de rete­nir les images en dis­pa­ri­tion et une vie han­tée par la mort. Tha­na­tos domine, car Eros en les récits et poèmes de l’auteur, semble déjà loin même s’il s’accroche à ses talus. Reste tou­jours le rêve  de sor­tir de cer­taines images érec­tiles car “Le moi est le trou / de l’être. /Un sur­vi­vant ordi­naire, / un rêveur qui veille / sur la confu­sion /des images.“
Il y a là la recherche du sens et sa dis­so­lu­tion. Preuve que pour lui «la mai­son de l’être» chère à Bache­lard reste ban­cale, caduque, rococo. Il n’existe de place que pour le manque. Pas ou peu  d’escaliers pour s’envoyer en l’air et res­pi­rer au grand jour. Hanté par le mal, habité de démons et d’horreur, depuis l’adolescence Soj­cher se donne le droit à rien ou à peu. Sauf, évi­dem­ment, le nécessaire.

A savoir, l’exercice de l’écriture. Elle lui per­met non seule­ment d’enfreindre la loi du  Rêve de ne pas par­ler  - titre de son livre majeur — mais aussi de ne pas se sui­ci­der. Ou de ne le faire — pour ainsi dire — qu’à petit feu. L’Imaginaire n’est donc plus la réa­li­sa­tion d’un pos­sible mais la “creux-ation” d’un impos­sible.
Pas d’épiphanie dans cette poé­sie, puisqu’à la fin le texte ne sera plus à venir, il sera sans ave­nir. Ce com­ment dire ou com­ment taire affirme en fin de par­cours un rap­pel des Mir­li­ton­nades de Beckett où l’auteur émet son “rien nul / n’aura été / pour rien / tant été / rien / nul”. Les mots ne doivent, ou plu­tôt ne peuvent plus se gon­fler de valeur, ne doivent fomen­ter qu’une image moindre.

D’où les poèmes mini­maux pris en porte-à-faux dans un mou­ve­ment sans cesse contre­carré, contra­rié, afin de lais­ser sur­gir non une magie (même si on peut par­ler là d’une cer­taine magie ver­bale dans ce mou­ve­ment cassé et répé­ti­tif), mais un Ima­gi­naire inversé puisqu’il  ne met plus en route des vir­tua­li­tés au ser­vice de la pré­sence — si ce n’est une pré­sence en creux.

jean-paul gavard-perret

Jacques Soj­cher, La confu­sion des visages, Des­sins d’Arié Man­del­baum, Fata Mor­gana, Font­froide le Haut, 2019, 80 p. — 15,00 €.

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