Franz Marc & August Macke, L’aventure du Cavalier bleu (exposition)

Cava­liers de l’apocalypse

A l’origine de la révo­lu­tion esthé­tique de l’art existe un mou­ve­ment méconnu issu d’une sorte de roman­tisme alle­mand relayé par le sym­bo­lisme et d’une mys­tique de la nature. Celle d’August Macke et Franz Marc. Ils se ren­contrent à Munich au moment où les cou­rants éso­té­rique se rejoignent juste avant la pre­mière guerre mon­diale. Ils créent avec Kan­dinsky le mou­ve­ment du “Cava­lier Bleu”. Celui-ci res­tera peu connu en France même s’il est accusé d’être “trop fran­çais et pas assez alle­mand” selon la com­mis­saire de l’exposition Sarah Imatte.
Dans les tableaux de Marc et de Macke tout est cou­leur. Elle n’est plus mimé­tique mais sym­bo­lique et les oeuvres sont puis­santes dans leur sty­li­sa­tion. Franz Marc est fas­ciné par la figure du che­val. Il la peint dans des enche­vê­tre­ments de lignes et dia­grammes de cou­leurs et selon un expres­sion­nisme éthéré où le spec­ta­teur peut s’identifier à l’animal peint par­fois en bleu et à sa pureté par rap­port à la cor­rup­tion de l’homme. Le tout dans une sym­biose entre la nature et le che­val jusqu’à atteindre une forme d’abstraction ani­miste et vibra­toire. Avant que ses “loups” et leur scène de guerre ne deviennent avant-coureurs du chaos en marche.

Avant ce der­nier (qui empor­tera Marc et Macke), “Le cava­lier bleu” devient sym­bo­lique d’un nou­veau mes­sia­nisme au sein d’une néces­sité à l’abstraction. Marc lui-même le note et Kan­dinsky le reprend. Macke tou­chant à l’abstraction se veut encore dans le réel et reste à la recherche du mou­ve­ment. Marc est plus abs­trac­tion­niste abs­trait. Selon Macke, “Kan­dinsky s’est endormi alors que Delau­nay reste plus mys­tique. L’un a com­mencé par des pains d’épice, le second par la Tour Eif­fel” : et cela fait pour lui la dif­fé­rence.
Les deux ne mâchent jamais leurs mots l’un envers l’autre mais l’affection demeure. Ils savent qu’ils sont au tour­nant de l’art contem­po­rain dont ils font par­tie pre­nante. Ils n’ignorent rien du futu­risme, du cubisme, du vor­ti­cisme, de Matisse (dont on sent l’influence chez Marc). Moins poli­tique que le groupe ber­li­nois de Kirch­ner, les deux créa­teurs se veulent cava­liers de l’apocalypse à l’écoute des autres géné­raux de l’art en marche.

Le couple d’amis par­tage le sen­ti­ment d’une com­mu­nauté prise à la fois dans un désir mor­ti­fère mais aussi de renais­sance. Preuve que l’art com­pose entre souf­france et extase, eden et enfer. Comme si les masques de l’art ne tom­baient qu’à des ins­tants pré­cis là où, plus les fomen­teurs du Cava­lier bleu se rap­prochent du ciel, plus le prix de la Terre est revue à la baisse.

jean-paul gavard-perret

Franz Marc & August Macke, L’aventure du Cava­lier bleu, Musée de l’Orangerie, Expo­si­tion du 6 mars au 17 juin 2019.

Jar­din des Tuileries

Place de la Concorde

75001 PARIS

+33 (0)1 44 77 80 07

+33 (0)1 44 50 43 00

1 Comment

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One Response to Franz Marc & August Macke, L’aventure du Cavalier bleu (exposition)

  1. Jeanne

    Face colo­rée, pile infernal

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