Sébastien Lepetit, Il y aura du sang sur la neige

Dans le milieu du ski de fond 

Début jan­vier, à Besan­çon, l’inspecteur Fabien Mon­ceau peste contre le froid alors que le com­mis­saire Bruno Mor­teau est revi­vi­fié par les basses tem­pé­ra­tures. Le pre­mier, ori­gi­naire de Paris, vit sa muta­tion dans la capi­tale franc-comtoise comme une puni­tion divine alors que le second se régale de tout ce qui touche à la région et à sa bonne chère.
Mor­teau est contacté par Michel Pupil­lin, un cama­rade de lycée qu’il n’a pas vu depuis trente ans. Celui-ci a besoin de son aide. Il est pré­sident du Comité d’organisation de la Trans­ju­ras­sienne et a reçu, par trois fois, des menaces par télé­phone. Une voix dégui­sée lui annonce que lors de la pro­chaine course : “…il y aura du sang sur la neige…” Après quelques hési­ta­tions, Mor­teau se laisse convaincre, tenté pour enquê­ter dans les mon­tagnes de son enfance. Les pro­blèmes de juri­dic­tion réglés, Mor­teau et Mon­ceau s’installent, quelques jours avant la course, dans un hôtel de la sta­tion des Rousses au grand dam de son adjoint.
Alors qu’ils com­mencent à gla­ner des infor­ma­tions sur les ini­mi­tiés entre concur­rents, ils sont appe­lés en urgence. Un par­ti­ci­pant a été tué de trois balles dans la tête pen­dant qu’il s’entraînait. Le tueur a laissé les trois douilles et des traces, trop de traces, trop d’indices au goût du com­mis­saire. Peu à peu, les enquê­teurs cernent des conflits entre les meilleurs skieurs, des pro­blèmes de dopage, d’ego, des rela­tions sen­ti­men­tales brouillées avec des épouses. Et un second crime est commis…

Entre le vieux com­mis­saire, “à moi­tié alcoo­lique” selon son adjoint, et le jeune ins­pec­teur les échanges ne sont pas tou­jours faciles. Ils s’opposent par leur carac­tère, leurs méthodes, leurs approches des évé­ne­ments, leur per­cep­tion des faits. Ils ont éga­le­ment un abord dif­fé­rent dans leur quo­ti­dien, l’un ayant des goûts culi­naires som­maires alors que l’autre n’est attiré que par une cui­sine riche et goû­teuse. Ces dis­sem­blances ouvrent des dia­logues suc­cu­lents, plein d’humour et de bon sens.
Le roman­cier bâtit son intrigue en pla­çant ses per­son­nages dans une situa­tion réelle. Foin de ces enquê­teurs fré­né­tiques sans cesse au tra­vail. Le com­mis­saire et son adjoint mangent, dorment, font la cour aux dames qu’ils ren­contrent, sur­tout pour le jeune et sédui­sant Fabien. Pour Mor­teau, cette tâche est plus dif­fi­cile avec son aspect phy­sique quelque peu délaissé. Tou­te­fois, avec la belle hôte­lière il tisse des rela­tions sen­ti­men­tales qui vont lui occu­per l’esprit, le détour­nant un peu de son travail.

Mais si le dérou­le­ment de l’intrigue est clas­sique avec inter­ro­ga­tions des com­pé­ti­teurs, des adver­saires, de leurs proches, des sus­pects, les décou­vertes et les rebon­dis­se­ments vont bon train pour une trame qui se révèle pleine de sur­prises jusqu’à une fort belle conclu­sion. Sébas­tien Lepe­tit signe un récit à plu­sieurs niveaux qu’il mène avec brio.
Il entoure l’enquête de très nom­breuses infor­ma­tions sur la Trans­ju­ras­sienne, une des courses parmi les plus impor­tantes dans le monde des fon­deurs, sur la région, sur sa gas­tro­no­mie. Il fait office d’historien, de géo­graphe, de bio­lo­giste quand il donne la clé de l’expression « Edgar Alan Poe et sa cou­sine Céles­tine », en usage dans le monde spor­tif d’endurance.

Entre les cha­pitres consa­crés à l’enquête, il intègre le récit d’une course, fai­sant vivre l’épreuve du début à la fin comme un par­ti­ci­pant, avec les diverses dif­fi­cul­tés, les points de pas­sage prin­ci­paux et même le res­senti des skieurs. En choi­sis­sant un per­son­nage ama­teur de la bonne chère franc-comtoise, l’auteur détaille nombre de recettes de plats régio­naux et les qua­li­tés des vins qui les accom­pagnent le mieux.
Les noms des per­son­nages sont choi­sis de façon très drôle pour qui fré­quente la Franche-Comté. En effet, Fré­dé­ric Lepe­tit a retenu pour les patro­nymes de sa gale­rie de pro­ta­go­niste des noms de bourgs, de vil­lages du dépar­te­ment du Jura. On trouve, bien sûr, Pupil­lin qui désigne, à la fois, une char­mante agglo­mé­ra­tion et un cru réputé, Thoi­rette, Cut­tura, Lajoux, pour la belle hôtelière, …

Avec Il y aura du sang sur la neige, Sébas­tien Lepe­tit signe un excellent roman tant pour la qua­lité de l’intrigue poli­cière que pour l’ensemble des infor­ma­tions com­plé­men­taires qui com­plètent celle-ci. À lire sans modération !

serge per­raud

Sébas­tien Lepe­tit, Il y aura du sang sur la neige, Fla­mant Noir Édi­tions, novembre 2018, 280 p. – 20,00 €.

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Filed under Pôle noir / Thriller

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