Kim Tran-Nhut, L’aile d’airain — Une enquête du mandarin Tân

Tran-Nhut par­vient à réa­li­ser un dif­fi­cile équi­libre entre les exi­gences du genre et le l’exotisme attendu

C’est sans sa soeur Kim que Thanh-Van Tran-Nhut signe ce qua­trième volet des aven­tures du man­da­rin Tân, qui n’a rien à envier en qua­lité aux pré­cé­dents. On retrouve dans un Viet­nâm du XVIIe les ingré­dients qui ont faire remar­quer les pro­duc­tions jusqu’ici à quatre mains des deux soeurs par ailleurs scien­ti­fiques à un très haut niveau : légère gri­voi­se­rie poé­ti­sée, humour per­ma­nent et sub­tile réfé­ren­cia­tion aux mythes fon­da­teur asiatiques.

Le man­da­rin Tân, qui offi­cie dans un greffe du nord s’est en effet décidé, accom­pa­gné de son ami, le let­tré Dinh, à reve­nir dans son vil­lage au sud du pays, lequel est en proie à des conflits poli­tiques et guer­riers sans pré­cé­dent. Sur place, ce n’est pour­tant pas la quié­tude qui l’attend puisqu’une mys­té­rieuse con thinh, une vierge fan­tôme qui se venge de son assas­si­nat en tuant “sexuel­le­ment” les hommes sème la ziza­nie dans le vil­lage. Qui plus est, sa mère a perdu la mémoire et le confond avec son propre père, dont Tân n’a qu’un sou­ve­nir confus et dou­lou­reux. Il se lan­cera donc dans une double enquête, poli­cière d’une part et généa­lo­gique d’autre part, afin de faire toute la lumière sur les ténèbres qui sévissent dans son vil­lage et dans son âme.

Avec une écri­ture qui sait jouer des césures entre les cha­pitres pour don­ner dans l’ambiguïté et la drô­le­rie, Tran-Nhut par­vient à réa­li­ser un dif­fi­cile équi­libre entre les exi­gences du genre (le roman à carac­tère his­to­rique par­fai­te­ment docu­menté) et le l’exotisme attendu. Entre voca­bu­laire ten­dre­ment ten­dan­cieux et sen­si­bi­lité qui exsude lit­té­ra­le­ment de chaque page, L’aile d’airain fait par­tie de ces livres qui se lisent avec grand plai­sir tant le style et les nom­breux détails s’inscrivent ici sans contrainte dans l’intrigue. A lire en par­ti­cu­lier pour voir si Tân par­vien­dra ou non à main­te­nir l’idéal confu­céen dans sa quête, pour décou­vrir Dinh enta­mer un moon­walk tout jack­son­nien pen­dant une fête de vil­lage médié­vale et pour le cours de démo­no­lo­gie appli­quée que vous y trouverez !

fre­de­ric grolleau

Kim Tran-Nhut, L’aile d’airain — Une enquête du man­da­rin Tân, Phi­lippe Pic­quier, 2003, 318 p. — 19,00 €.

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Filed under Pôle noir / Thriller

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