Ari Folman et David Polonsky, Valse avec Bachir

Valse avec Bachir 2 –la post-vision, le roman graphique.

A ma connais­sance — for­cé­ment limi­tée — c’est la pre­mière fois qu’un film d’animation pour adultes est adapté sous la forme d’un roman gra­phique. « Gra­phic novel »comme ils disent en Amé­rique, j’aime bien. On ne peut que saluer le pro­jet dont l’idée vient de là-bas et accueillir à bras ouverts sa réa­li­sa­tion en langue fran­çaise. On peut évo­quer Per­se­po­lis, mais dans l’autre sens. Peu importe fina­le­ment. Les réfé­rences étaient déjà là, l’univers gra­phique était posé, nourri de réfé­rences comme Art Spie­gel­mann ou Joe Sacco. Peu impor­tait qui arrive le pre­mier, du film ou du livre. La cohé­rence est évi­dente. La matière est la même.

C’est étrange, sub­mergé par les émo­tions du film, j’en ai pré­senté l’histoire. Comme j’aurais pu le faire pour le livre. Pour­tant il n’y a pas qu’une dif­fé­rence de forme. Ou plu­tôt disons que le fait d’en avoir changé la forme en modi­fie notre approche, en modi­fie notre expé­rience.
Ques­tion de sens d’abord : le tou­cher, et puis bien sûr, il va fal­loir tour­ner les pages. C’est moins confor­table. Si par confort on entend cette pré­ten­tion, ce sen­ti­ment petit-bourgeois de conten­te­ment de soi, de petit plai­sir bien mérité… alors certes, dans ce cas-là, il faut méri­ter son incon­fort. Disons que c’est un incon­for­table chef d’œuvre. On peut alors prendre le temps de le décou­vrir en tant que tel, car devant le film, on n’avait pas le temps. On en pre­nait plein les mirettes et plein les oreilles.

Passer du film au roman, c’est envoyer de fait tout le son aux oubliettes. La bande son explo­sive, dense et envoû­tante, nous gui­dait, impo­sait le rythme aux images. Là c’est fini, silence. Plus de guide, ter­miné. Ari Fol­man et David Polonsky, le direc­teur artis­tique du pro­jet, nous laissent tout seuls. Sans esbroufe, sans effets de style. Comme de sub­tils didac­ti­ciens, parce qu’il fal­lait tout retra­vailler, pour que notre cer­veau, puisse quand même com­prendre, et se faire sa petite musique. Le créa­teur de richesse ultime, le créa­teur de lien, celui qui tisse sa toile, c’est désor­mais nous, le grand lec­teur. Plus de public.
L’expérience est donc moins totale mais n’en est que plus pro­fonde car moins dis­trac­tive, moins dis­trayante. Vu l’exigence et la richesse de l’œuvre il y a là d’indéniables argu­ments pour l’aborder aussi de cette manière plus intime et fina­le­ment plus per­son­nelle. Il en fal­lait du temps après le film, pour digé­rer cette den­sité. Là, on peut y aller par petites bou­chées et savou­rer tran­quille­ment l’exigence et la gra­vité du propos.

Ce regard en cou­ver­ture reste là, il conti­nue de nous inter­pe­ler, sur la table. Bien plus, bien davan­tage que sur la pochette du disque.
Pre­nons notre temps maintenant. 

camille ara­nyossy

   
 

Ari Fol­man et David Polonsky, Valse avec Bachir, Arte Edi­tions– Cas­ter­man, 136 pages, 17 jan­vier 2009, 15 Euros. En com­plé­ment un riche entre­tien avec David Polonsky : “Com­ment Valse avec Bachir, le film s’est-il trans­formé en un roman graphique ?”

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