Jean Van Hamme (Scénario), Philippe Francq (Dessin), Fred Besson (Couleurs), Largo Winch, tome 16 : “La voie et la vertu”

Quand Winch devint vain

Quand Winch devint vain…

Cette fois ça y est, la décep­tion est au rendez-vous. Autant les auteurs avaient non sans sagesse à peu près vaillam­ment tenu le choc jusqu’au quin­zième tome, autant celui-ci, au moment même où les aven­tures de papier du gol­den boy aven­tu­rier sont adap­tées au cinéma (connais­sant d’ailleurs un cer­tain suc­cès), annonce clai­re­ment la cou­leur.
Devenu lui-même un (im)pur pro­duit capi­ta­liste, — retourne-toi dans ta tombe, Marx ! — Largo Winch fait désor­mais dans l’esbrouffe james­bon­dienne, culti­vant l’art des rela­tions super­fi­cielles quand bien même pseudo-teintées d’une fidé­lité à toute épreuve, le tout sur fond de spi­ri­tua­lité obso­lète. Marre du beau che­va­lier blanc et son hégé­lien com­plexe de la belle âme !

Suite atten­due de l’épisode « Les trois yeux des gar­diens du Tao » (où Largo venu signer à Hong-Kong un ac­cord de joint ven­ture avec la Tsai In­dus­tries Corp. dis­pa­raissait, car devant hono­rer sa dette d’honneur envers une triade — déro­ber le Dao­de­jing, manus­crit écrit de Lao Tseu, fon­da­teur du taoïsme — et était déclaré mort par les cadres du groupe W), les dip­tyques ayant semble-t-il, Dupuis l’a bien com­pris, les faveurs du public plu­tôt que les séries inter­mi­nables ou les one shot fugi­tifs, « La voie et la vertu » — qui porte fort mal son nom dans le contexte — surfe tou­jours sur la même vague archi pous­sive : le « mil­liar­daire en blue jeans » s’échappe du piège qu’on lui ten­dait, réta­blit la jus­tice, se débar­rasse des méchants et affiche son plus beau sou­rire Col­gate après quelques cas­cades entouré de bim­bos à moi­tié nues…

Surnage seul dans ce pâle mari­got le per­son­nage saphique de Silky, la pilote d’avion du héros, qui semble s’autonomiser en diable face à son patron — encore que la fin du maigre sus­pense, une course entre un héli­co­ptère et un hydra­vion en trois pages à la fin de l’album, est expé­diée en deux de coups de cuillère à pot guère cré­dibles ! Bref, quand l’éthique se fait étique, le lec­teur, à l’instar de l’hydravion sus­nommé, pique du nez.
Voilà qui n’a rien de pal­pi­tant, qui ne sur­prend aucu­ne­ment et qui n’est accep­table somme toute que grâce à la maî­trise du des­sin réa­liste d’un Francq impec­cable. Secondé par Fred Bes­son, le des­si­na­teur nous livre des vues somp­teuses en grand angle de la ville de Hong Kong, des dé­cors très dé­taillés aux cou­leurs écla­tantes. Certes. Mais quid du scé­na­rio quand on pense que van Hamme est der­rière une saga culte comme celle, entre autres, de XIII ?

À décou­vrir en lisant Livres Hebdo qu’il s’agit pour­tant, en dépit de la moro­sité ambiante, du livre qui se vend le plus, tous genres confon­dus, les mots nous en manquent. La crise a bel et bien des effets per­vers. C’est à croire que plus les gens sont fau­chés plus ils sont cré­dules puisqu’on peut alors leur four­guer n’importe quel ersatz de bon­heur et de richesse… à petit prix.

fre­de­ric grolleau

   
 

Jean Van Hamme (Scé­na­rio), Phi­lippe Francq (Des­sin), Fred Bes­son (Cou­leurs), Largo Winch, tome 16 : “La voie et la vertu”, Dupuis, 2008, 48 p. — 10,40 €.

 
   

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