Michael Crichton, La Proie

Un bijou de techno-thriller, où bio­lo­gie, nano­tech­no­lo­gie et infor­ma­tique se mêlent pour l’horreur et le pire

Michael Crich­ton aime bien les virus. C’est en 1969 qu’il a publié La Variété Andro­mède (his­toire d’un virus mor­tel venu de l’espace), pre­mier best-seller d’une longue série com­por­tant, entre autres, Sphère, Juras­sic Park, Har­cè­le­ment, Le Monde perdu et Pri­son­niers du tempsLa Proie revient sur ce filon roma­nesque, sur ces pre­mières amours d’auteur, à par­tir d’un scé­na­rio très, très ori­gi­nal. Car cette fois-ci le virus n’est pas (qu’) orga­nique, il est le fruit de l’inventivité scien­ti­fique humaine ayant mis au point dans un labo­ra­toire du Nevada des nano­par­ti­cules douées de la faculté pré­da­trice, et dont “la proie” n’est autre que l’humanité elle-même.

Si on est d’abord un peu scep­tique devant l’objet livresque, une pre­mière de cou­ver­ture au papier gau­fré tout en relief avec d’indigestes cou­leurs, très french touch hul­kienne (on pré­fère de loin la cou­ver­ture de Har­per Col­lins plus sobre), il suf­fit de lire les 50 pre­mières pages pour se trou­ver pris au piège d’un sus­pense orches­tré de main de maître. Le héros, Jack For­man, est un cher­cheur en infor­ma­tique au chô­mage, qui passe son temps à cou­ver ses trois gamins et à soup­çon­ner sa femme, Julia, d’avoir une rela­tion avec un autre homme. Mais peu à peu ce sont les acti­vi­tés de Julia chez Xymos, une société high tech fer de lance de la Sili­con Val­ley, qui prennent le devant de la scène. Pour lais­ser bien­tôt place au vrai per­son­nage cen­tral du roman : un essaim de nano­par­ti­cules, soit des robots infi­ni­ment petits mis au ser­vice de la recherche mili­taire par Xymos au gré d’un logi­ciel prédateur-proie (Pred­prey) que For­man a conçu quelques années au préalable.

Surpris par le com­por­te­ment inco­hé­rent de sa femme, qui l’inquiète de plus en plus, Jack réus­sit à se faire recru­ter comme consul­tant pour quelques jours dans la société de sa femme. C’est dans l’usine de fabri­ca­tion des nano­par­ti­cules, un véri­table bun­ker pres­su­risé basé dans le Nevada qu’il décou­vrira le dan­ger qui menace l’humanité entière. “C’est une chose de lâcher une popu­la­tion d’agents vir­tuels dans la mémoire d’un ordi­na­teur pour résoudre un pro­blème mais tout autre chose de mettre de vrais agents en liberté dans le monde réel.” Sec et sou­tenu d’un bout à l’autre, La proie ne désem­plit pas de rebon­dis­se­ments et de scènes d’actions mus­clées. Crich­ton écrit direc­tos en tech­ni­co­lor et arrache tout sur son pas­sage. Car cette lutte d’un scien­ti­fique contre un pré­da­teur infi­ni­ment petit — écri­ture remar­qua­ble­ment docu­men­tée sur les “pro­grammes infor­ma­tiques dis­tri­bués” cal­quant leurs séquences sur les fonc­tions natu­relles de cer­tain insectes et ani­maux (four­mis, abeilles, lions…) -, cette lutte est un bijou de techno-thriller, où bio­lo­gie, nano­tech­no­lo­gie et infor­ma­tique se mêlent pour l’horreur et le pire.

Michael Crich­ton reprend et sublime les thèses pes­si­mistes d’un Jean-Michel Truong (Le suc­ces­seur de pierre, Tota­le­ment inhu­maine) pour livrer sur fond de pré-apocalypse new age une fable sur l’imprudence humaine qu’on lira aussi bien comme un cours de vul­ga­ri­sa­tion sur les nano­tech­no­lo­gies de demain que comme une illus­tra­tion dark, au croi­se­ment de réfé­rences sous-jacentes tels que Inva­sion of the body snat­chers, Alien, The Hid­den et Matrix, du leit­mo­tiv mar­telé par Jack For­man : “les choses ne se passent jamais comme on les imagine”.

NB — Lire un entre­tien avec Michel Crich­ton (en anglais) sur le site offi­ciel de Prey chez Har­per Col­lins.

fre­de­ric grolleau

Michael Crich­ton, La Proie, Robert Laf­font, Best-sellers, 2003, 385 p. — 22,00 €. 

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Filed under Pôle noir / Thriller, Science-fiction/ Fantastique etc.

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