Paul Fournel, Faire Guignol

Les grandes heures du Père Mourguet

Pour beau­coup d’enfants du baby-boom, Gui­gnol reste un genre théâ­tral popu­laire et un héros par­ti­cu­lier. Né à Lyon, il a essaimé (un peu) et reste encore en Rhone-Alpes une figure vivante. Dans les années 50 et leur mar­ke­ting nais­sant en France, la marque “Le Flan Lyon­nais” fit de Gui­gnol sa tête de gon­dole pour que les enfants se gon­dolent en un spec­tacle iti­né­rant.
Paul Four­nel est du même ter­roir que l’inventeur de ce théâtre (hérité de la tra­di­tion popu­laire ita­lienne) : Laurent Mour­guet (1769 — 1844).  Mais l’histoire de l’art théâ­tral est peu sen­sible aux marion­net­tistes de foire. Si bien que pour saluer le 250ème anni­ver­saire de sa nais­sance, l’auteur, faute de docu­ments consé­quents, a recréé la mer­veilleuse saga et les grandes heures de ce pié­ton de Lyon.

Le roman­cier crée une chan­son de geste pleine de verve. En bon ouli­pien, il ramène à la par­lure des Canuts au besoin et offre un récit popu­laire cher à l’évocation des “petits métiers” qui par­fois rendent la vie mer­veilleuse pour les per­dants. Gui­gnol “cas­sait du flic”, pas­sait tant que faire se pou­vait dans les mailles de filets. Les pauvres voyaient en lui un sem­blable, un frère.
L’auteur recrée une réa­lité empreintes de petits détails. Ils rendent la réa­lité plus vraie que la fic­tion dont elle naît. Et Paul Four­nel de conclure sur deux ques­tions à l’origine de son tra­vail per­son­nel : ” Qu’est-ce qu’on écrit quand on ne sait pas écrire ? Et qu’est-ce qu’on écrit quand on peut tout écrire ? Le roman­cier y a répondu en pre­nant le che­min d’Harry Mat­thews, de Pérec et de Que­neau : celui de l’Oulipo dont il demeure un des prin­ci­paux animateurs.

Avec Gui­gnol, il des­sine un contre-feu à un monde où  l’interdit régnait. Les frus­tra­tions engen­drées par les maîtres tournent en agres­sion envers eux. D’où ce drôle de roman qui demeure un roman drôle riche d’une conscience poli­tique et de l’Histoire du spec­tacle hors de ses gonds.
Faire fic­tion revient ici à racon­ter une aven­ture humaine qui sup­pose la mise en scène du leurre à défaut de pou­voir se fon­der sur des preuves avé­rées. Et il n’existe sans doute pas de lit­té­ra­ture sans cette naïveté.

jean-paul gavard-perret

Paul Four­nel, Faire Gui­gnol, P.O.L édi­teur, Paris, 2019, 272 p. — 19, 50 €.

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