Ian McEwan, Mon roman pourpre aux pages parfumées

La lettre volée

Le roman­cier — comme le poète — est celui qui fait. Mais la fabri­ca­tion de la fic­tion passe par­fois par une “for­ma­ti­vité” impré­vue. C’est ce qui arrive dans le cas du nar­ra­teur de cette nou­velle. A mesure que son oeuvre avance, celle de son alter ego prend le che­min inverse au sein d’une sorte d’usurpation lit­té­raire.
C’est pour­quoi ce texte inédit peut être lu comme une confes­sion : “Je ne nie pas qu’il y ait eu mal­ver­sa­tion”. Mais pas for­cé­ment celle qu’on croit. Mais elle est presque plus grave : “J’ai volé une vie et n’ai aucune inten­tion de la rendre”. De la lettre à l’être existe donc un glissement.

Une ombre paraphe l’oeuvre là où la vie aime­rait comme une herbe folle se lais­ser entraî­ner dans un autre flux. Entre le lisible et l’illisible, entre le vide et le plein jaillit de cette nou­velle (comme les deux autres non inédites) une lumière ébré­chée. Les grands mots comme les grands remèdes s’échappent de cette fêlure, cherchent ce qui n’est pas for­cé­ment dans le vacarme d’un men­songe.
Mais, pour autant, dans ce texte rien ne bas­cule dans la nuit. Un cer­tain soleil sou­rit encore.

Du moins pour le par­ti­san du moindre effort mais qui a entre­pris le plus grand.

jean-paul gavard-perret

Ian McE­wan, Mon roman pourpre aux pages par­fu­mées, trad. de l’anglais par France Calus-Pichon & Fran­çoise Car­tano, Gal­li­mard, coll. Folio,Paris, 2019, 102 p. — 2,00 €.

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