Fernando Arrabal & Joël Leick, Je suis né d’un père centaure

Dada et à dada

Arra­bal n’est pas à une approxi­ma­tion près. Ne s’étant jamais remis de sa nais­sance, fils d’une mère sur­douée il n’échappa pas non à la plus-value du Q.I.. Ici, il tente de tordre le cou à cette idée d’autant qu’il a eu lar­ge­ment le temps de faire ses preuves dans le champ de l’intelligence et de l’ironie (ce qui est un peu la même chose).
Maître du théâtre panique comme des échecs (je l’ai vu construire une grille pour “L’Express” en moins du trois minutes au milieu d’un repas), il traîne der­rière lui une saveur de souffre tant il a donné coup de pieds dans la four­mi­lière humaine, ses rois et ses reines.

Une nou­velle fois, l’ironie déferle dans cette auto-genèse, d’autant que Joël Leick en rajoute une couche ques­tion généa­lo­gie de l’histrion far­ceur. Mais sous la comé­die la tra­gé­die peut aussi bien se lire  : Arra­bal a quatre ans lorsque son père — oppo­sant à Franco — est arrêté et sera par la suite porté dis­paru.
La mère saura gérer la situa­tion et son fils rece­vra à dix ans et sous le même Franco son pre­mier prix d’excellence . Tout en béné­fi­ciant de la situa­tion, il  fut tou­jours l’ironique ico­no­claste tant par ses mots, ses images que ses inter­ven­tions radi­cales — au nom du père mais de manière aussi détour­née qu’incisive.

C’est pour­quoi vient le temps de le cano­ni­ser en l’incarnant sous figure mythique plu­tôt que s’acharner sur l’investigation hypo­thé­tique de la pater­nité. Sans doute la dis­pa­ri­tion du père empê­cha l’artiste de maté­ria­li­ser l’avenir sous le moindre ave­nir radieux mais il trouva dans ce vide un moyen de réin­ven­ter une tra­di­tion liber­taire et dadaïste.
Béné­fi­ciant encore de sa mau­vaise répu­ta­tion, il fait ici plus que le job. Il se délivre du mal loin de tout acte de contri­tion ou de constric­tion. Hen­nis­sant comme mâles y pensent, il conti­nue ses farces et attrapes. Preuve que son père ne l’a jamais aban­donné dans ses fièvres de cheval.

jean-paul gavard-perret

Fer­nando Arra­bal & Joël Leick, Je suis né d’un père cen­taure, Edi­tions Dumer­chez, 2019.

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