Sylvia Douyé & Fabio Lai, Le monde de l’Épée de Cristal – t.3/3 : Zorya la noire

Quand un monde évolue…

Ce tome est la conclu­sion du spin-off de L’Épée de Cris­tal, cette série de Gou­pil et Crisse, six albums entre 1989 et 2004. Syl­via Douyé pro­pose une vision noire de l’héroïne. La douce Zorya a bas­culé du côté du mal, il y a deux siècles, lors de la Grande Nuit de Cris­tal. Le terme rap­pelle la fâcheuse nuit du 9 au 10 novembre 1938 quand les nazis se sont déchaî­nés contre les juifs pour en accé­lé­rer l’émigration. Zorya, par sa rage, par sa fureur a rem­placé le pai­sible royaume de La Corne céleste par le pays de Sul­fur. Elle règne par la tyran­nie. Kolob, un Antho­nome, a été élevé dans l’idée d’être l’instrument qui débar­ras­sera le pays de Zorya la noire. Il la tue !
Dans ce troi­sième tome, Zorya qui avait toutes les appa­rences de la mort revient à la vie. Elle se pré­ci­pite vers Kolob par le miroir pour le voir étendu, décédé. Près de lui, repose la vieille Aneith mou­rante, qui lui explique qu’il a accepté de mou­rir pour qu’elle vive, car elle est la seule, selon la légende, à pou­voir faire revivre le royaume de La Corne céleste qu’elle a détruit. Il lui faut retrou­ver la rage, sti­mu­ler la colère du vol­can. Mais Zorya se sent inca­pable de refaire cela. Elle cherche un signe auprès de la tombe de Kolob quand appa­raît Abatwa.
Dehors, les armées unies des Feros et des Élé­men­taires qui ont retrouvé leurs pou­voirs se lancent à l’assaut de la cita­delle. Pour­quoi la dic­ta­trice reste-t-elle inac­tive, comme vidée de ce qui fai­sait son identité… ?

Beau­coup de sym­bo­lisme dans ce conte fan­tas­tique autour du cycle de la vie, du cycle de l’Humanité, autour de la notion de liberté. Certes, le pro­pos s’appuie sur nombre de concepts chers à l’heroïc-fantasy, avec les races dif­fé­rentes qui coha­bitent plus ou moins bien, les pou­voirs magiques et les com­bats que se livrent ces eth­nies sous la ban­nière d’un chef plus ou moins cha­ris­ma­tique. Mais la scé­na­riste ins­tille de nom­breuses réfé­rences à la situa­tion actuelle de la société occi­den­tale, pui­sant dans l’histoire récente pour en nour­rir son récit.
Elle met en scène la dis­pa­ri­tion des êtres chers, la mort des uns et des autres, l’émergence de nou­veaux pro­ta­go­nistes capables, eux aussi, de per­pé­tuer l’effort humain, de construire, de détruire, d’ailleurs sur­tout de détruire. La vision de Syl­via Douyé est, en ce sens, légè­re­ment angé­lique. Mais cela fait plai­sir de voir, pen­dant quelques minutes, le Bien qui triomphe.

Fabio Lai offre un des­sin assez réa­liste dans un contexte fan­tasy où les races ne sont pas toutes huma­noïdes. Il réa­lise des mises en page dyna­miques se fixant beau­coup sur les visages, sur les expres­sions des pro­ta­go­nistes du drame. Il se lâche pour quelques décors somp­tueux, trop rares. C’est une excel­lente idée d’avoir fait les nom­breux fla­sh­backs en noir et blanc. Ils sont immé­dia­te­ment iden­ti­fiables.
Ce troi­sième et der­nier tome clôt de belle façon cet attrayant trip­tyque sur la vision d’une mater­nité triomphante.

serge per­raud

Syl­via Douyé (scé­na­rio), Fabio Lai (des­sin), Clau­dia Chec (cou­leurs), Le monde de l’Épée de Cris­tal : Zorya la noire – t.3/3, Vents d’Ouest, coll. “Fan­tas­tique”, sep­tembre 2018, 56 p. – 14,50 €.

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