Grayson Perry, Vanité, Identité, Sexualité (exposition)

Perryl en la demeure

Depuis 2017, et à tra­vers ses expo­si­tions — thé­ma­tiques ou per­son­nelles — la Mon­naie de Paris main­tient un cap ori­gi­nal : illus­trer la parité homme-femme dans l’art et une réflexion sur le genre. Après l’exposition « Women House », le lieu ouvre ses portes et ses salles à l’artiste anglais Gray­son Perry ; fémi­niste et théo­ri­cien d’une nou­velle place et défi­ni­tion de l’être humain.
L’artiste joue avec sa propre iden­tité qui à la fois devient par­tie inté­grante de son œuvre mais va au-delà des limites de l’art. Les réfé­rences auto­bio­gra­phiques (enfance de l’artiste, sa famille, son alter ego Claire) se com­binent et nour­rissent les ques­tions sur l’être et le paraître et par-delà la réflexion poli­tique et sociale qui déborde sur le genre et le sta­tut de l’artiste eu égard à l’artisan.

L’enga­ge­ment vers l’art comme vers l’humaine condi­tion prend passes par diverses impasses — ou portes cochères. Et en tant que créa­teur, Perry mul­ti­plie les masques des genres et les matières en ayant com­mencé par le tra­vail et la matière les plus proches de l’artisanat : à savoir la céra­mique qui demeure peu consi­dé­rée dans l’art occi­den­tal depuis des siècles (Picasso lui-même n’y a rien changé).
Déployant une acti­vité qui tient d’un apos­to­lat far­cesque, le plas­ti­cien fut « dézin­gué » par des cri­tiques mâles pisse-froid (dont l’outil ne ser­vant qu’à des besoins d’évacuation est l’objet d’un cer­tain désoeu­vre­ment). Ils virent dans l’œuvre en acte une farce obs­cène et de mau­vais goût. Néan­moins, dans son pays elle est désor­mais recon­nue. En Europe conti­nen­tale, il reste beau­coup à faire et l’exposition de la Mon­naie de Paris plante un coin.

Gray­son Perry prouve com­bien l’abécédaire du sexe a besoin de diverses empreintes. Il invente l’imagerie « par­faite » afin que se déballent les bijoux (fussent-ils fal­si­fiés) de famille. Il pré­fère l’outrance au réa­lisme et relève un grand défi : débar­ras­ser le monde de sa misère par des « momi­cides » volon­taires. Les cou­leurs suintent. Mais elles ne sont pas les seules. Dans l’amour des faux-semblants l’Anglais indigne ouvre les portes de cer­tains pro­grammes géné­tiques où la fièvre du samedi soir a lieu dès le lundi matin dans des ves­ti­bules.
Ajou­tons que dans cette expo­si­tion un choix de médailles reli­gieuses et objets de col­lec­tion liés à l’histoire anglaise issus de la Mon­naie de Paris dia­logue avec les oeuvres de Gray­son Perry et ses sources. Par ailleurs, le lien entre la pra­tique de l’artiste et le savoir-faire des arti­sans de la Mon­naie de Paris est sou­li­gné par la créa­tion d’une nou­velle médaille signée par l’artiste et réa­li­sée dans les ate­liers de l’institution

jean-paul gavard-perret

Gray­son Perry, Vanité, Iden­tité, Sexua­lité, Pre­mière rétros­pec­tive en France de l’artiste bri­tan­nique Gray­son Perry, du 19 octobre 2018 au 3 février 2019.

Leave a Comment

Filed under Arts croisés / L'Oeil du litteraire.com, Chapeau bas

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

*

Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>