Galilée, le mécano (Marco Paolini & Francesco Niccolini / Gloria Paris)

Le doute de Galilée 

« Merci d’éteindre com­plè­te­ment votre télé­phone por­table » — une consigne fami­lière est don­née par l’ouvreur. Un ouvreur qui conti­nuera de s’adresser direc­te­ment au public, avec le ton d’un long pré­lude, ce qui de prime abord déroute – quand le spec­tacle va-t-il com­men­cer ? — mais qui per­met aussi de lais­ser se des­si­ner ce qu’on ima­gine être son inten­tion. Il est là pour chauf­fer la salle. En pre­nant ainsi place dans l’espace sonore, on pro­cède à quelque chose comme une inver­sion des rôles.
L’introduction se pour­suit encore, mêlant une invi­ta­tion à la révo­lu­tion, indi­ca­tions savantes (men­tion de la repré­sen­ta­tion du monde éla­bo­rée par Aris­tote et Pto­lé­mée) et anec­dotes plus ou moins plai­santes. On com­prend fina­le­ment que le spec­tacle consis­tera en le pro­lon­ge­ment de ce mono­logue historico-biographique.

Le public est chaud ; cepen­dant, les décou­vertes gali­léennes sont pré­sen­tées de façon nar­ra­tive, humo­ris­tique et hagio­gra­phique, pro­fi­tant trop peu de ce souffle qu’on avait voulu ini­tier. Jean Ali­bert exhibe ses capa­ci­tés de conteur, cap­ti­vant l’attention par ses pro­pos ico­no­clastes, à l’allure spon­ta­née, assor­tis­sant ses récits de mimiques et de ponc­tua­tions bien sen­ties. Pour­tant, la repré­sen­ta­tion ne par­vient pas à s’inscrire dans la salle : on est plus dans une situa­tion de café-concert qu’au plai­sir d’une scé­no­gra­phie qui aurait su ser­vir le pro­pos.
Certes, les pré­ci­sions exis­ten­tielles, les saillies scien­ti­fiques, les remarques plai­santes font sens, sont agréa­ble­ment pré­sen­tées, mais ne par­viennent pas à consti­tuer une dra­ma­tur­gie théâ­trale. On assiste davan­tage à un one man show qui puise dans les res­sources du café-théâtre. Le décor céleste et mini­ma­liste — un cercle de can­dé­labres mis en veilleuse qui entourent le pla­teau — n’est pas exploité : le jeu s’en trouve réduit à celui du comique démons­tra­tif, peut-être ins­piré de la come­dia dell’arte.

Ainsi le doute de Gali­lée est-il affirmé avec vigueur, ce qui convainc, mais non mon­tré,  ce qui aurait conquis. Le spec­tacle se révèle mono­tone et sans adresse, en dépit de sa volonté de s’adresser à tous.

chris­tophe gio­lito & manon pouliot

Gali­lée, le mécano

Texte de Marco Pao­lini et de Fran­cesco Niccolini

 Avec Jean Ali­bert, mise en scène Glo­ria Paris

Créa­tion son Anouk Audart ; créa­tion lumière et scé­no­gra­phie Laurent Berger

Une créa­tion et pro­duc­tion La Reine Blanche

Au Théâtre La Reine Blanche — Scène des Arts et des Sciences
2 bis pas­sage Ruelle, 75018 Paris
tel : 01 42 05 47 31

https://www.reineblanche.com/calendrier/theatre/galilee-le-mecano

du 14 sep­tembre au 28 octobre 2018, du jeudi au samedi à 20h45, le dimanche à 15h

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