Flora Bonfanti, Lieux exemplaires

La vie à l’envers

Flora Bon­fanti est une comé­dienne. Ins­tal­lée en France depuis 2014, elle crée une poé­sie puis­sante où se mêlent la force de l’imaginaire et la rigueur d’expression.  Lieux exem­plaires, son pre­mier livre est une décou­verte. Elle casse les idées trop simples et prouve qu’il en va de la vie comme de la pen­sée : elle peut se dire à l’envers.
Il suf­fit d’inverser la silence en bruit, le mal en bien et de trans­for­mer des don­nées d’évidence : « Dans les temps éloi­gnés, les hommes avaient six doigts. Le sixième était tou­jours en feu. Il suf­fi­sait de tou­cher du doigt les choses. » et celles-ci chan­geaient. L’auteur pour­suit ses inver­sions et ses hypo­thèses : que les mon­tagnes repoussent, que les bombes construisent et que l’on ima­gine que les idées se révèlent uni­que­ment qu’à ceux qui les ont déjà pen­sées et que le monde, par une puis­sance orga­nique, sort de ses gonds.

Entre ratio­na­lité et fan­tas­ma­go­rie, le texte réin­vente des mythes et trans­forme la réa­lité. Ce qui parais­sait acquis dis­pa­raît au pro­fit de la réver­si­bi­lité des choses. Pous­sant plus loin des révé­la­tions que rêvèrent Bon­ne­foy ou Pes­soa, la poé­tesse fait jaillir le monde tel qu’il est par ce qu’il devient en un ima­gi­naire de digres­sion qui met à mal la pré­ten­tion des ratio­na­li­tés.
Manière aussi de mon­trer com­ment le lan­gage crée le monde. Son verbe fait la chair. Et avec la poé­tesse elle devient incan­des­cente même si la jeune auteure n’en es,t sinon à son bal­bu­tie­ment, du moins qu’aux pre­miers moments du creu­se­ment et de l’érection de la chi­mère. Cir­cule un mou­ve­ment exem­plaire en recherche d’équilibre entre le cœur de l’être et ses riches heures.

Prenant les images et les mots à revers de l’angoisse, cette der­nière se méta­mor­phose pour un sup­plé­ment de joie. L’univers de la créa­trice est donc un des plus poé­tiques que l’on puisse ren­con­trer. Les images bour­geonnent, gran­dissent, se mul­ti­plient, se répandent, engendrent d’autres images dont on devient amou­reux. On les prend par la main pour se pro­me­ner avant qu’elles éclatent de rire ou avant d’éclater en san­glots puis de s’endormir et de s’en retour­ner, éclai­rées de leur propre lumière

jean-paul gavard-perret

Flora Bon­fanti,  Lieux exem­plaires, Vignette de Char­lotte Pringuey-Cessac, Edi­tions Unes, Nice, 2016, 80 p. — 16,00 €.

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