Michel Onfray, Brève encyclopédie du monde, tome 3 : Décadence

Maître Pate­lin

Onfray ignore le sens des mots de Mau­rice Blan­chot : « écrire « sur » c’est par avance le faus­ser ». Dès lors, en dépit  des épi­taphes, péro­rai­sons, com­men­taires, pseudo ana­lyses, pané­gy­riques, condam­na­tions, etc ., du nou­veau nou­veau « phi­lo­sophe » rien n’y fait. Onfray n’est jamais sur ce qui eut lieu ou n’eut pas lieu.
Mais trop sûr de lui, admettre ce point de rup­ture reste une pro­blé­ma­tique qu’il ne peut pas com­prendre. Com­ment pourrait-il ne serait-ce qu’envisager ce point où l’écriture et la déci­sion de rup­ture se  rejoignent ?

Il pense sans doute cares­ser la rup­ture mais le taux d’abstraction n’est pas peu dans la pra­tique du hâbleur impé­ni­tent et qui se pré­sente comme un maté­ria­liste capable de river le pion à Pla­ton et à Kant. Certes, il est capable d’écrire sur tout et sans coup férir.
Apôtre de l’achèvement et de l’accomplissement, il le mène jusqu’à la « déca­dence » qu’il annonce sans com­prendre que seule « l’absence de livre » (Blan­chot) pré­pare un tel avè­ne­ment et ébranlement.

L’auteur croyant par­ler « sur » ne vati­cine qu’  « autour ». Tout chez lui tend à la clô­ture dans sa volonté (raf­fi­née ?) de jeter aux orties ce qu’il consi­dère comme la répres­sion opé­rée par les intel­lec­tuels (phi­lo­sophes, artistes, écri­vains, poètes)  au nom d’une sain­teté laïque qui le ferait le porte-parole des « sans grades ». Ce qui per­met au récu­pé­ra­teur de mettre  dans un même sac Houel­le­becq et Marine Le Pen.
Sartre, Beau­voir, l’existentialisme, Freud et la psy­cha­na­lyse hier ou la Bible et ses ano­nymes aujourd’hui  lui sont insup­por­tables. Mais au lieu de les dis­cu­ter sur le plan de l’argumentation, il se livre à une cri­tique quasi people — et par­fois au-dessous de la cein­ture — en pra­ti­quant l’art sus­pect de la cita­tion déga­gée de son contexte. Et ce, même s’il s’agit là du grief qu’il adresse à tous ses détrac­teurs. De fait, dans ce tra­vail  de sus­pi­cion dou­teuse et sou­vent basse il réagit comme un pen­seur tou­jours en mal de pou­voir dont il s’agit de s’emparer pour exis­ter au sein de son « Uni­ver­sité popu­laire » dépla­cée pour l’été à Deau­ville ou sur les ondes de France Culture.

Sa véri­table bête noire reste BHL ce qui demeure bien mince pour tout débat phi­lo­so­phique et lorsqu’il s’agit de jeter au néant les siècles de culture occi­den­tale.  Mais il n’en a cure : aidé par ses ado­ra­teurs zélés il n’offre que de médiocres spé­cu­la­tions jour­na­lis­tiques en lieu et place de solides ana­lyses. Saint Michel fait sa galette selon une per­ver­sion du logos  et un rêve d’hégémonie populo-intellectuelle.
Le Bona­parte des Lettres veut entraî­ner der­rière lui la horde des sans voix dont il pré­tend for­ger le juge­ment. Mais il ne fait que l’altérer par son idéo­lo­gie en débla­té­rant des affir­ma­tions que rien n’altère même pas la vérité.

De la ruine de tous les sys­tèmes qu’il pré­tend ébran­ler, Onfray se fait le chantre d’un « peuple » qui a tou­jours rai­son. A la condi­tion exclu­sive : qu’il pense comme lui afin de fomen­ter une révo­lu­tion cultu­relle dont le phi­lo­sophe pro­pose le trou nor­mand.
Avec le clown, Mao reprend son vélo (éco­lo­gisme aidant) pour que pédale à qui mieux mieux dans la chou­croute son cercle des gogos. Qu’il se ras­sure, il s’élargit de plus en plus : France Culture depuis quelques années a promu le cau­te­leux en idole de ses pro­grammes d’été.

jean-paul gavard-perret

Michel Onfray,  Brève ency­clo­pé­die du monde,  tome 3  : “Déca­dence”, Flam­ma­rion, 2018.

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