Pierre Cendors, Vie posthume d’Edward Markham

Entrer dans La qua­trième dimension

Ecri­vain des strates et des inter­ven­tions scé­niques, l’auteur prend une autre dimen­sion avec cette vie post­hume d’un scé­na­riste qui n’a jamais vrai­ment ren­con­tré le grand cinéaste qui l’aurait rendu immor­tel. Ni Kubrick, ni Tar­kovski certes mais Pierre Cen­dors lui pro­pose film et géné­rique. Son patro­nyme n’est pas son vrai nom : « C’est un pro­mon­toire non-identitaire, un lieu inculte, sans doute un espace d’émigration inté­rieure. Je suis un mar­cheur qui s’arrête pour écrire et s’assied pour avan­cer d’un pas plus loin. Pay­sages d’origines : l’Irlande et l’Ecosse. C’est là que j’ai acquis les rudi­ments d’un art un peu oublié : l’errance éveillée » dit l’auteur.
Ses livres le prouvent. Il est vrai que Cen­dors a de qui tenir. Enfant, un arrière-cousin roman­cier et his­to­rien l’initia à la lit­té­ra­ture. Et après des études d’Art, il effec­tua son ser­vice mili­taire là où une autre figure tuté­laire du futur écri­vain — Charles Juliet — avait fait le sien. Une cor­res­pon­dance en naquit. Juliet sou­tient le jeune homme qui s’isole dans le Conne­mara plu­sieurs années afin d’écrire. Com­mence un long tra­vail et un pas­sage de l’Irlande à l’Ecosse. A son retour en France, Cen­dors publie son pre­mier roman,  L’Homme caché. Depuis, il vit ainsi à la cam­pagne, près de Paris dans ses pay­sages inté­rieurs qui sont sem­blables à ceux de ses pay­sages ascen­dants irlan­dais : élé­men­taires, nus et sauvages.

Son pre­mier roman paru au Tri­pode Archives du vent était déjà sur­pre­nant. Ce roman de « trans­for­ma­tion plus que de for­ma­tion » est à la base de ce der­nier. Mais il est encore plus éton­nant que sa fic­tion souche. Il s’agit de l’histoire du scé­na­riste Todd Trau­mer qui, au cré­pus­cule de sa vie, écrit son chef-d’œuvre : le der­nier épi­sode de la série télé­vi­sée culte  La qua­trième dimen­sion. Le héros scé­na­riste « tenait encore le script dans la main » quand on l’a décou­vert mort sur son lit d’hôpital.
Influencé très jeune par cette série au réa­lisme fan­tas­tique, l’auteur pour­suit la même veine et ses « ter­rain de JE(S) ». Le roman­cier fait retour à une pri­mi­ti­vité où le ter­restre et les élé­ments pre­miers portent la trace du chaos dont ils sortent. Il redonne dans une forme fil­mique et com­men­tée la force à tout ce qui se tait en ce brillant et iro­nique synop­sis. Il est accom­pa­gné de mise en image (au rotring) d’atmosphères du texte par Anna Bou­lan­ger auteure chez le même édi­teur de L’absence et Birds.

jean-paul gavard-perret

Pierre Cen­dors, Vie post­hume d’Edward Mar­kham, Le Tri­pode Edi­tions,  2018 ‚ non paginé — 15,00 €.

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Filed under cinéma, Romans

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