Richard Texier, Zao

Richard et Zao

Paral­lè­le­ment à la publi­ca­tion de son Mani­feste de l’élastogenèse suivi de Affir­mer la splen­deur enla­çante du monde  chez Fata Mogana, Richard Texier pro­pose avec Zao un livre à la fois plus grave et plus léger, moins poé­tique et plus anec­do­tique mais non sans inté­rêt. Bien au contraire.
L’artiste évoque son ami­tié de vingt ans avec Zao Wou-Ki, depuis leur ren­contre au Maroc dans une rési­dence d’artiste qu’ils par­ta­gèrent au début des années quatre-vingt-dix. Elle se pour­sui­vra jusqu’à la mort du peintre chi­nois en 2013. Le livre devient une sorte d’in memo­riam et d’entretien infini entre deux créa­teurs qui dia­lo­guèrent ensemble comme avec les forces du pos­sible de l’art. Les deux amis ont peint par­fois ensemble avec cette ala­crité qui fait le sédi­ment enjoué de leurs œuvres respectives.

Le texte s’en res­sent. Il est vibrant, char­nel, tou­chant. Il per­met au-delà des anec­dotes d’expliciter les gestes et le fond de telles œuvres. Texier et Zao Wou-Ki en dépit de leur dif­fé­rence d’âge avancent d’un même esprit et d’une même éner­gie. Pour les deux, l’autre « n’est jamais une ombre invi­sible dans le pay­sage » et c’est ce qui tou­cha en un pre­mier temps Texier. « Le pré­sence de l’Autre reste l’élément majeur de notre vie » ajoute celui qui met son livre sous l’incipit de Gao Xing­jian : « quand on ren­contre un homme, un sou­rire vaut trois parts de bon­heur ». Dès lors, tout était en place pour une telle ami­tié indé­fec­tible.
Elle se nour­rit bien sûr d’art. Et les deux plas­ti­ciens sont tout sauf des stra­tèges. Ils savent que les cal­culs sont tou­jours en rap­port avec le pou­voir qui les sou­tient. Et ils n’ont cessé de pas­ser outre même si Zao Wou-Ki cou­rut par­fois le risque d’être « récu­péré » eu égard à son sta­tut natio­nal. Mais ce texte prouve que, dans la joie et le tra­vail, les deux créa­teurs ont cher­ché  un art dont le res­sort est chaque fois le glis­se­ment en une quête iden­ti­taire qui replace l’homme dans le cos­mos. Mais sans pour autant igno­rer l’intégration de celui-là dans son milieu.

Il est aisé de com­prendre que, si les deux artistes sont enga­gés, ils ne cultivent en rien un art « poli­tisé ». Ils n’ont jamais estimé que le but de l’art est de résoudre des conflits sociaux ou idéo­lo­giques. C’est sans doute pour­quoi ils se sen­taient si proches dans leur manière de sou­li­gner l’aliénation que les objets eux-mêmes entraînent chez les hommes englués dans le maté­ria­lisme qui leur est imposé de gré ou de force.

jean-paul gavard-perret

Richard Texier, Zao, Gal­li­mard, coll. Blanche, Paris, 2018.

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