Philippe Saimbert (scénario) et Roberto Ricci (dessin & couleurs), Les Ames d’Hélios, tomes 1 et 2

Ou les aven­tures d’une sorte de cité romaine pour­rie trans­po­sée avec force pou­trelles et vitraux opa­les­cents dans l’espace intersidéral…

Voilà un pre­mier album d’installation qui frise le chef d’oeuvre. Les âmes d’Hélios retrace le dur par­cours ini­tia­tique de la jeune novice Ylang, cher­chant grâce au sou­tien de sa pros­ti­tuée de mère à s’extraire de la misé­rable condi­tion sociale qui est la sienne à bord de ce qui reste du vais­seau spa­tial Hélios, échoué depuis des lustres sur une pla­nète hos­tile. For­mée par un “maître de lames” des plus exi­geants, Ylang — mise au par­fum des remugles et de l’humiliation per­ma­nents — rêve en effet de deve­nir ” dra­gon “, haut grade conféré à la garde pré­to­rienne atta­chée à la défense du sibyl­lin code du ” Tor­ka­mak ” qui régit cette cité aux mul­tiples castes.

Univers clin d’oeil à 1984 et Bra­zil, hom­mage appuyé à Dune et Alien, le scé­na­rio concocté par Saim­bert est remar­quable tant par son inven­ti­vité que sa ter­mi­no­lo­gie organico-mystico-théologique. Et ce n’est rien à côté d’un gra­phisme magis­tral, par lequel Roberto Ricci par­vient à insuf­fler corps et âme aux dam­nés et aux créa­tures d’Hélios. Si Ylang est des plus convain­cantes dans le rôle d’une Nävis hard­core (l’héroïne du del­cour­tien Sillage), le vais­seau même d’Hélios — sorte de ” ciboire ” conte­nant les âmes de ses habi­tants -, cité romaine pour­rie trans­po­sée avec force pou­trelles et vitraux opa­les­cents dans l’espace inter­si­dé­ral, jouit de cette pure beauté du laid lorsqu’il est trans­mué par le 9e art.

Un uni­vers à décou­vrir pour l’étonnante juri­dic­tion en matière de mœurs sexuelles qu’il pro­pose, et pour la lutte à mort à laquelle s’y livrent ceux qui refusent le déter­mi­nisme de leur nais­sance. Une série qui s’annonce d’ores et déjà comme un des grands moment de l’année chez Delcourt.

On retrouve avec plai­sir dans ce 2e volet de la saga SF la vaillante Ylang, qui pour­suit sa for­ma­tion pour deve­nir dra­gon. Une ini­tia­tion qui est fonc­tion de la décré­pi­tude avan­cée du vais­seau échoué d’Hélios dont même les égouts sont enva­his de ver­mine et autres poul­pau­sores féroces. Les épreuves se mul­ti­plient, où la jeune fille mue par son idéal risque chaque fois sa vie pour être recon­nue par son maître de guerre…

Putride et pour­rie, la cité hyper­hié­rar­chi­sée d’Hélios offre tou­jours un visage aussi répu­gnant, comme si l’extrémisme poli­tique et reli­gieux qui la ronge - à l’instar de la rouille qui mange ses voûtes et cana­li­sa­tions - était incarné par la cohorte des monstres hybrides qui se réveillent et sont de plus en plus agres­sifs. Et qui vont ren­con­trer le che­min que trace au fil de sa lourde épée Ylang entre bes­tioles vis­queuses et mares de sang. L’atmosphère de cette cité mys­té­rieuse à l’architecture à la fois médié­vale et indus­trielle fait donc tou­jours son effet mais l’intrigue tarde à se mettre en place dans ce tome de tran­si­tion qui ne fait pas vrai­ment avan­cer le récit mais pré­cise plu­tôt la psy­cho­lo­gie des per­son­nages, dont le Dra­gon Kash, com­bat­tante noire soli­taire qui vit aux côtés d’un curieux ani­mal de com­pa­gnie auquel le scé­na­riste confère dans cet album une grande importance “.

L’on sait seule­ment désor­mais que les entrailles d’Hélios abritent quelque chose d’inconnu et de ter­ri­fiant tan­dis que les fidèles de la cité sont sou­dain habi­tés par des visions qui semblent remettre en cause les écrits apo­cryphes et le rôle de guide bien­fai­teur du Tor­ka­mak, au grand dam des Car­di­bans, gar­diens de l’ordre éta­bli inquiets par le dérou­le­ment des faits. Le tome 3 devrait sans doute révé­ler en quoi Hélios n’est pas encore en terre sainte (où alors ?, tel est le sus­pense), ce qu’on attend avec impatience.

fre­de­ric grolleau

   
 

Phi­lippe Saim­bert (scé­na­rio) et Roberto Ricci (des­sin & cou­leurs), Les Ames d’Hélios 

- tome 1 : ” Le Ciboire oublié “, Del­court, 2003, 48 p. — 12,50 € 
 - tome 2 : ” Au fil de l’épée “, Del­court, 2004, 46 p. — 12, 50 €.

Leave a Comment

Filed under Bande dessinée, Non classé

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

*

Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>