Larcenet, Le Combat ordinaire — Tome 2 : “Les Quantités négligeables”

Le second tome du Com­bat ordi­naire… c’est tou­jours aussi bon…

Cette année, au prin­temps, on a fêté le Lar­ce­net nou­veau ! Et il ne s’est pas moqué de nous : ces deux albums publiés d’un coup - La Ligne de front et Les Quan­ti­tés négli­geables - il les a écrits à la suite (peut-être en même temps, qui sait ?) et avec son cœur.

Marco s’est remis à la photo. Pour­tant les repor­tages à grand spec­tacle, les guerres exo­tiques, les déses­pé­rés du bout du monde, il ne veut plus y tou­cher. Non, Marco a décidé de par­ler de ceux qui lui sont proches : les ouvriers du chan­tier naval, ces hommes parmi les­quels son père a passé toute sa vie. Mais il n’est pas facile d’être confronté à la détresse de ceux qu’on a connus enfant. Dur d’entendre Bas­tou­net, son copain d’école, dire que sou­te­nir le Front Natio­nal ce n’est pas “avoir viré facho”. Mais dur aussi de devoir suivre les dis­cus­sions révolutionnaires-branchées d’un pho­to­graphe (reconnu comme) génial et d’une amie gale­riste, tout ça pour par­ve­nir à être exposé. Si on ajoute à cela un père qui approche sérieu­se­ment de la fin et une copine en mal de mater­nité, le pauvre Marco n’a pas une vie facile.

 Et pour­tant… c’est bien la vie de tous les jours que nous raconte Manu Lar­ce­net dans ce second opus du Com­bat ordi­naire. Une vie bien ordi­naire en effet, avec ses gens, ses situa­tions, ses joies et ses mal­heurs ordi­naires. On l’a tous notre Bas­tou­net, et un jour ou l’autre cha­cun voit ses parents par­tir. Et c’est dur. Dur aussi de sup­por­ter la dic­ta­ture du poli­ti­que­ment cor­rect bran­ché. De toutes ces choses, Lar­ce­net arrive à par­ler dou­ce­ment, sobre­ment, sans envo­lée lyrique ni pathos. Et pour­tant, on pleure — ou du moins, on a la gorge ser­rée — quand on lit Avant de vous oublier, je vou­lais vous dire que je ne vous oublie pas. écrit de la main du papa atteint de la mala­die d’Alzheimer. Pour­tant, on est amer en voyant cette fille qui n’a pas com­pris et qui se désha­bille. Pour­tant on est saisi par ces gueules que Lar­ce­net a croquées.

 Il est sombre cet album. Triste, voire déses­péré. C’est l’hiver par­tout, sur­tout dans les cou­leurs. Rien de vif, tout est passé, grisé, à l’image de la cou­ver­ture. Lar­ce­net (Patrice) a adapté sa gamme chro­ma­tique. Et Lar­ce­net (Manu) a modi­fié son trait pour col­ler à cer­taines scènes. (Ne devine-t-on pas une influence de Blutch par-ci et une archi­tec­ture à la Blain par-là ?) Quant aux visages, encore une fois, ils sont forts, forts au point qu’on a envie d’y recher­cher les têtes connues, par exemple celle de Guy Vidal (l’ancien direc­teur édi­to­rial de Dar­gaud et créa­teur de la col­lec­tion Pois­son Pilote, décédé en octobre 2002). Heu­reu­se­ment, c’est le retour du prin­temps et le germe de la récon­ci­lia­tion qui ter­minent cet épi­sode… Tous les espoirs sont permis…

Rien d’extraordinaire donc dans cet album, sauf qu’il est extra­or­di­nai­re­ment proche, qu’il parle de nous, de nos peurs, de nos espoirs et de nos décep­tions. Lar­ce­net sait par­ler de la vie — de toute la vie — à son lec­teur. Ça, c’est extraordinaire.

 

Mar­tin Zeller

   
 

Manu Lar­ce­net (scé­na­rio et des­sin) / cou­leur : Patrice Lar­ce­net, Le Com­bat ordi­naire — Tome 2 : “Les Quan­ti­tés négli­geables”, Dar­gaud, mai 2004, 60 p. — 12,60 €.

 
     
 

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