Karin Brunk Holmqvist, Aphrodite et vieille dentelles

Les indignes

Karin Brunk Holm­q­vist est une sep­tua­gé­naire alerte. Ses parents tenaient une bou­tique de vête­ments pour hommes – et il en reste quelque chose dans ses livres…. Bou­dant l’école, elle est deve­nue assis­tante sociale, employée en mai­son d’arrêt, magi­cienne et même man­ne­quin pour biki­nis. Puis elle a repris ses études et s’est mise à l’écriture. Après plu­sieurs recueils de nou­velles et de poèmes,  Aphro­dite et vieilles den­telles est son pre­mier roman.
Depuis, elle est deve­nue un écri­vain à suc­cès. Et elle le mérite comme le prouve son his­toires de petites vieilles céli­ba­taires presque indignes ou plu­tôt en deve­nir d’un tel état. Elles vont à la messe, font des confi­tures, vivent chi­che­ment dans une mai­son sans ce qu’on nomme les « com­mo­di­tés ». Ces der­nières sont au fond du jar­din et l’eau est à tirer d’un puits. Et c’est bien là le problème.

Tout est rou­tine jusqu’à l’arrivée d’une nou­veau voi­sin : « Il a l’air d’un homme marié, convint Tilda en aspi­rant la bis­cotte imbi­bée de café entre ses gen­cives dénu­dées. » Leurs dents en effet atter­rissent tous les soirs dans le verre adé­quat à 20 h 15. « Elles esti­maient toutes les deux que sucer les bis­cottes ramol­lies par le café était agréable et pro­cu­rait d’agréables titilla­tions. » De fait, « elles n’appréciaient guère leurs den­tiers, mais elles aimaient en dis­po­ser pour man­ger leur steak du dimanche. Et puis, elles s’accordaient à dire que c’eût été jeter de l’argent par les fenêtres que de les lais­ser dans le verre le reste de la semaine. Aussi les portaient-elles avec abné­ga­tion ».
Mais à l’arrivée du qui­dam mettre une telle pro­thèse devient une obli­ga­tion. D’autant qu’Alvar Kle­mens, ce nou­veau voi­sin ou plu­tôt son chat, est pris de fré­né­sie sexuelle en man­geant une des plantes que son maîtres entre­tient avec un engrais curieux. Avec ce pro­duit, les deux céli­ba­taires endur­cies trouvent l’ouverture idéale afin de s’offrir à la fois de vrais W.C. et un piment exis­ten­tiel. La chose est dite et bien­tôt faite : les noires sœurs décident de créer un affaire clan­des­tine de vente de Viagra.

Lais­sons au lec­teur le plai­sir de connaître la suite d’une aven­ture d’un troi­sième âge revi­goré. Preuve que de vieilles lunes peuvent s’avérer opé­rantes. Certes, ces « expé­riences », sor­tant du ration­nel, ouvrent la porte aux intrus, aux escrocs. L’auteure le sait : ce qui ne l’empêche pas de nous pro­po­ser – non sans luci­dité – un voyage au pays des vivants.
Qu’on le veuille ou non, de petites vieilles nous parlent. Sans pour autant que les tables tournent ou qu’un dieu bien­veillant ou non fasse réfé­rence à leurs actions illicites.

jean-paul gavard-perret

Karin Brunk Holm­q­vist,  Aphro­dite et vieille den­telles, tra­duit du sué­dois par Carine Bury, Miro­bole édi­tions, 2018,  256 p. - 19,50 €

1 Comment

Filed under Erotisme, Romans

One Response to Karin Brunk Holmqvist, Aphrodite et vieille dentelles

  1. Carreira

    Une telle lec­ture doit être déso­pi­lante …
    À croire que les sep­tua­gé­naires ont encore de la suite dans leurs idées .
    JPGP avec son humour légen­daire, nous fait pas­ser des moments bien agréables

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