Jan Fabre, Folklore Sexuel Belge & Mer du Nord Sexuelle Belge

Le cave (du Gre­nier Saint Lazare) se rebiffe une fois de plus

Jan Fabre ne cesse par ses « mon­tages » et « mon­trages » de s’insurger contre le confor­misme. Il est vrai que la Bel­gique — sous un aspect pai­sible — est riche en auteurs et plas­ti­ciens qui cultivent l’humour et l’étrange en don­nant un sacré coup de jeunes aux idées et images, et non seule­ment de Flandre ou Wal­lo­nie. Ici et pour inau­gu­rer le nou­vel espace Tem­plon, « Le Bon Artiste Belge » offre et édite d’improbables géo­gra­phies et cultures sexuelles en une for­mi­dable cas­sure à la toute-puissante supré­ma­tie d’un ordre éta­bli. Il s’agit de ren­ver­ser un excès de ratio­na­lité sur ce qui tombe sous le bon sens afin d’en assu­rer la chute finale.
En digne suc­ces­seur des écoles belges du sym­bo­lisme et du sur­réa­lisme, Jan Fabre rem­place ou fait coha­bi­ter l’irréel et le sur­na­tu­rel par la mani­pu­la­tion du mys­tère sexuel. Il n’est pas fait ici pour l’usage des âmes déli­cates là où des per­son­nages nour­ris par d’anciennes super­sti­tions découvrent des habi­tudes outran­cières. Fabre les exhibe en des images habi­le­ment sau­gre­nues pour rehaus­ser le pit­to­resque des corps loin des éter­nels épou­van­tails que la nudité fait mou­ton­ner dans les esprits moralistes.

Plutôt que d’emprunter les che­mins de l’exagération, l’artiste reprend des fon­da­men­taux à sa main dans l’extraordinaire théâtre des genres et des matières qu’il uti­lise (pein­ture, bois, métal, poly­mère) afin d’atteindre une vision dif­fé­ren­tielle du sexuel au sein des marges d’une reli­gio­sité qui va de l’image sainte au Car­na­val belge. Les images gaies et conno­tées sont presque (mais le presque est impor­tant) de celles qu’on pour­rait don­ner comme bons points (s’ils exis­taient encore) dans les écoles catho­liques et romaines. Et une nou­velle fois, Fabre s’amuse avec le charnu et le sen­suel, le char­nel et le sang su.
Il détourne les « vieilles » images des tra­di­tions avec inso­lence et confronte les Saints à une cer­taine per­ver­sion. L’œuvre est tou­jours cohé­rente, mer­veilleuse et drôle. Existe là un réa­lisme magique. L’artiste y excelle dans son ima­gi­naire. C’est un gigan­tesque piège ico­nique où le regar­deur est imman­qua­ble­ment attrapé.

jean-paul gavard-perret

Jan Fabre,
- Folk­lore Sexuel Belge   
– Mer du Nord Sexuelle Belge
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Tem­plon, Gre­nier Saint Lazare, du 17 mai au 21 juillet 2018.

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