Philippe Djian, A l’aube

Victime de ses propres fantômes

Djian cherche sou­vent des mélo­dies qui se veulent ori­gi­nale en sup­pri­mant les points d’interrogation, les tirets, etc.. L’objectif est de faire entendre autre­ment la fic­tion par un cor­pus épuré. Mais la voie de son der­nier livre manque de déra­pages. Le décor y est sans doute pour beau­coup. L’auteur se « plante » chaque fois qu’en ses fic­tions il quitte la France pour l’Amérique. Il dit écrire ce pays par ins­tinct et éprouve le besoin d’y retour­ner lit­té­rai­re­ment par ins­tants.
Néan­moins, Djian n’est pas Ste­ven­son (son maître). Il parle le pays qui reste pour lui ini­tia­tique non en voya­geur mais en tou­riste. Bos­ton demeure un décor, devient une gar­de­rie, tombe dans la carte pos­tale. L’auteur croit s’y immer­ger mais il est sub­mergé par un lieu dont il demeure un visi­teur qui n’en retient presque mal­gré lui que le carac­tère exotique.

L’his­toire pour­rait être forte. Il s’agit du des­tin d’une femme qui jusque là a plu­tôt réussi mais qui — s’occupant (un peu tard) de son frère autiste — bas­cule. Son atten­tion à lui la rend comp­table de son propre vide. Mais, en ayant pris conscience, elle va trou­ver en guise d’aube le cré­pus­cule. Celui qui ter­ro­rise ce frère fan des armes à feu et décou­vreur tar­dif de l’amour phy­sique grâce à une baby-sitter de soixante ans éri­gée en consé­quence rivale de l’héroïne.
Comme tou­jours, Djian tente d’aller plus loin. Mais sans y par­ve­nir. L’héroïne vaque dans un pay­sage confit en sœur de l’autiste mais aussi de l’auteur. Comme lui jadis, elle croit tou­cher un cer­tain bon­heur en ne res­sen­tant rien, évi­tant tout désir super­fé­ta­toire et en rou­lant seule sur une route déserte.

Mais Djian lui-même a contri­bué à trans­for­mer de telles rêve­ries en pon­cifs lit­té­raires. Il est donc vic­time de ses propres fan­tômes comme – semble-t-il, d’un manque d’appétence pour ce qu’il écrit. Son roman se vou­drait dan­ge­reux : il reste attendu, pré­vi­sible. Cela n’enlèvera rien au talent de l’auteur. Il arrive aux plus grands de rater un livre.

jean-paul gavard-perret

Phi­lippe Djian, A l’aube, Gal­li­mard, Paris, 2018.

1 Comment

Filed under On jette !, Romans

One Response to Philippe Djian, A l’aube

  1. Villeneuve

    Navrant Djian étran­ger au sun­set bou­le­vard en mélo­dies non ori­gi­nales comme le pré­cise bien JPGP .

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