Roger Aïm, Emmanuel Kant. Une vie à Königsberg

Tout chan­ge­ment me fait peur

En mars 2015, cer­tains s’alarmaient du fait que l’ancienne mai­son de Kant à König­sberg (actuelle Kali­nin­grad en Rus­sie) en ruines ait été taguée d’un graf­fiti spé­ci­fiant que le grand homme était un cré­tin. Roger Aïm répond à la bru­ta­lité ignare et bar­bare par une courte bio­gra­phie de Kant met­tant en scène sa vie quasi monas­tique dans cette ville de l’ancienne Prusse sous l’égide de Fré­dé­ric II qu’il ne quitta presque jamais.
Si l’on a l’habitude — bonne ou mau­vaise -, lorsqu’on s’intéresse à la phi­lo­so­phie, de pri­vi­lé­gier les oeuvres du pen­seur, la relec­ture qu’en font ses com­men­ta­teurs, aussi atti­trés qu’éclairés,  plu­tôt que la vie de l’homme, le mérite de l’ouvrage de Roger Aïm est de jeter une douce lumière, entre ten­dresse et nos­tal­gie, sur les manies de ce Kant célé­bré pour la rigor mor­tis de sa  phi­lo­so­phie (notam­ment morale), le cri­ti­cisme incarné par les trois Cri­tiques étant d’ailleurs ramené à un “rigo­risme” (enten­dez une exi­gence intel­lec­tuelle et ration­nelle qui ne souffre aucune exception).

Rencon­tré lors du Salon du livre de Monaco, l’auteur, par ailleurs fin spé­cia­liste de Julien Gracq, nous a indi­qué com­bien les règles dis­ci­pli­naires impo­sées à sa table par le phi­lo­sophe — ama­teur en diable de cabillaud, c’est vous dire — l’avaient intri­gué, ce qui l’amené à se plon­ger (à l’appui du foi­son­nant De l’Allemagne de Hein­rich Heine, 1855) dans les détails de sa vie intime. Tout en pré­sen­tant les grands pans de son sys­tème de pen­sée.
Vous sau­rez donc tout sur la célèbre pro­me­nade, à la régu­la­rité toute métro­no­mique, de ce vieux gar­çon  (ses conci­toyens avaient ainsi l’habitude de régler leur montre à son pas­sage tant son exac­ti­tude, sa vie durant, était d’une pré­ci­sion chi­rur­gi­cale — il n’y fit, si notre mémoire est bonne que deux entorses : lors de l’annonce de la Révo­lu­tion fran­çaise et du décès de sa mère…), sa “peur’ de quit­ter sa ville même pour rejoindre un pres­ti­gieux poste uni­ver­si­taire de Halle !

Bref, une approche à l’image de son auteur : vive et pétillante, impec­ca­ble­ment ren­sei­gnée et docu­men­tée, qui saura vous récon­ci­lier — à sup­po­ser que vous fûtes fâchés — avec ce réputé aus­tère monu­ment de l’histoire de la philosophie.

fre­de­ric grolleau

Roger Aïm, Emma­nuel Kant. Une vie à König­sberg, édi­tions La Simarre & Chris­tian Pirot, avril 2018, 104 p. — 13,00 €.

 

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