François Cérésa, L’une et l’autre

En panne d’idées

La cou­ver­ture de ce livre, ornée d’une photo des Félins de René Clé­ment, a de quoi atti­rer les ciné­philes – hélas, après lec­ture, il s’avère qu’il valait mieux pas­ser son che­min.
Le récit repose sur une idée dis­cu­table en elle-même : le nar­ra­teur, sexa­gé­naire qui regrette que sa femme se soit empâ­tée et soit deve­nue aca­riâtre, la voit rede­ve­nir par miracle ce qu’elle fut une tren­taine d’années plus tôt : un sosie de Jane Fonda ; s’ensuit alors un retour de flamme, et une série de voyages à tra­vers des lieux consa­crés par le cinéma ou la lit­té­ra­ture.
Vous aurez noté que le pro­ta­go­niste, lui, n’a pas rajeuni, ce qui n’est pas censé empê­cher le sosie de Jane Fonda d’en raf­fo­ler, quand bien même il n’ait jamais été très sédui­sant (le nar­ra­teur nous en informe hon­nê­te­ment). On serait curieux de savoir ce que pense de ce roman la dame qui a pu ser­vir de modèle pour Mélinda, et qui n’aura même pas eu la conso­la­tion de s’offrir, en lisant Lune et l’autre, quelques heures de fan­tasmes agréables pour elle aussi.

Quant aux voyages du couple, ils donnent lieu à d’indigents pas­sages de name-dropping comme celui-ci : “Mélinda est fas­ci­née par ces décors natu­rels vus dans Cléo­pâtre, Law­rence d’Arabie, Le Bon, la Brute et le Truand, Indiana Jones et la der­nière croi­sade. Le désert de Taber­nas. Cinq cents films au comp­teur. Wes­tern Leone, Texas Hol­ly­wood et Mini Hol­ly­wood, sous le regard mau­resque du Cas­tillo de Taber­nas, non loin d’Alméria. Charl­ton Hes­ton dans Le Cid, Elli Wal­lach qui assoiffe Clint East­wood, l’homme sans nom qui joue à Kuro­sawa, Lee Van Cleef qui sort sa montre à gous­set pour ensor­ce­ler Gian Maria Volonte. Par­tout, la musique d’Ennio Mori­cone.“ (p. 124), ou à ce genre d’évocations : “Cat Bal­lou m’hypnotise. J’aime le cro­quant de ses dents, la raie de ses fesses, l’horizon de ses seins. Elle se tient droite au milieu de la rue prin­ci­pale, les pieds bien ancrés au sol, les jambes légè­re­ment écar­tées, la main droite prête à faire jaillir son Pea­ce­ma­ker 45, pen­dant qu’un haut-parleur cra­chouille le thème prin­ci­pal de Et pour quelques dol­lars de plus. Elle dode­line. Se balance d’une jambe sur l’autre en me rap­pe­lant que le spa­ghetti est un bâtard imprévu, le fruit d’une étrange et mons­trueuse union, celle de la légende de l’Ouest et de la com­me­dia dell’arte. » (p. 125).
Pour le lec­teur qui l’ignorerait, pré­ci­sons que Cat Bal­lou est aussi (comme la Mélinda des Félins) une héroïne jouée par Jane Fonda dans les années 1960. C’est bien dom­mage que le charme de l’actrice n’ait pas suffi à tirer Fran­çois Cérésa de sa panne d’inspiration.

agathe de lastyns

Fran­çois Cérésa, L’une et l’autre, du Rocher, février 2018, 224 p. – 17,00 €.

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Filed under On jette !, Romans

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