Djamel Meskache, Limite & Les villes

Djamel Mes­kache ; l’improbabilité du lisible

D ns quelle gram­maire faire entendre ce qui sourd et jamais ne fait sur­face ? Dja­mel Mes­kache pro­pose la sienne en contre­point des textes d’Antoine Emaz  et de Fran­çoise Clé­dat. L’artiste crée des formes aussi loin­taines que proches : elles glissent à la sur­face des pages, sans rien expli­quer ou reven­di­quer. Face aux mots les des­sins deviennent des cloi­sons fra­giles pour atteindre le fond du lisible par une des expé­riences les plus abou­ties de ce qui est non une illus­tra­tion mais un com­pa­gnon­nage.
L’objectif n’est pas de confor­ter une image de la lec­ture comme trans­mis­sion de sens selon des struc­tures logi­que­ment créées. Dans ce but Mes­kache brouille toute struc­ture du des­sin comme du dis­cours par des formes qui deviennent des enjam­be­ments et des rup­tures selon une expé­rience du temps, de l’espace. En une pra­tique mini­ma­liste une théâ­tra­li­sa­tion aussi orien­tale qu’occidentale crée l’avènement d’un sens non formulable.

Ce tra­vail se refuse à la pen­sée par la sous­trac­tion du corps nor­ma­lisé à coup d’apories pour atteindre la consis­tance irré­duc­tible mais aussi vacillante des formes vives. Existe une expé­rience d’une vie de l’« image » dans une sépa­ra­tion de la signi­fi­ca­tion abs­traite pour aller para­doxa­le­ment jusqu’au bout du lit­té­ral là où la pro­po­si­tion pic­tu­rale devient espace men­tal.
S’y fomente un tra­vail inté­rieur d’une réflexion sur les mots, leur espace, leur temps, ce qui donne corps à d’autres figures et une scène à la lisi­bi­lité par­ti­cu­lière. Les formes prennent une alti­tude en nous plon­geant vers le centre le plus incer­tain de nous-mêmes au sein d’un ren­ver­se­ment. Il ramène à une expé­rience majeure du lan­gage, celui de l’origine où la langue s’exile avant même ce que Qui­gnard nomme sa « sexua­li­sa­tion ».

L ’image lui accorde une forme de nature indi­vi­sible mais tor­tu­rée sur de grands vides blancs où les seg­ments se tiennent face à l’inconnu, à l’ignorance que la langue tente de faire recu­ler. Mais c’est bien le des­sin qui crée des obs­tacles capables de créer des objets capables de dres­ser de « l’infini ». Le des­sin ne bouche donc plus la per­cep­tion par son immé­dia­teté. Par­tant d’un cor­pus large, Mes­kache filtre et retient ceux qui résistent et qu’il pré­lève pour entrer dans l’espace propre au tra­vail d’écriture si bien qu’il crée tou­jours dans le livre, tou­jours déjà dans le livre.

jean-paul gavard-perret

Dja­mel Mes­kache,  Limite & Les villes  avec Antoine Emaz et Fran­çoise Clé­dat (« les villes »), Tara­buste édi­tions, Saint Benoit du Sault, 2017 — 99,00 €.

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Filed under Arts croisés / L'Oeil du litteraire.com, Poésie

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