Philippe Sollers, Lettres à Dominique Rolin (1958–1980)

Saudade ou du par­fait Amour

Ce n’est un secret pour per­sonne, Domi­nique Rolin est la grande aven­ture éro­tique, spi­ri­tuelle, roma­nesque et pre­mière de celui qui fit auprès d’elle son édu­ca­tion sen­ti­men­tale et lit­té­raire. Pour mon­trer la force de l’amour, Sol­lers sait inven­ter des for­mules drôles et secrètes. Dépoté par son égé­rie au-delà de lui-même et jusqu’à se perdre, s’ignorer (ce qui est une épreuve limite pour l’auteur…), le voici deve­nir « pour finir, un jar­din qui t’aime, et rien d’autre : c’est trop fati­gant » . On est loin des miè­vre­ries de Mit­ter­rand à sa maî­tresse.
Domi­nique Rol­lin est par­fois fré­mis­sante comme une fleur sur la col­line Sainte Gene­viève. Et le temps ne fait rien à l’affaire. La femme est plus âgée que son amant mais ils ne cessent de se voir, de s’écrire au cœur d’une his­toire long­temps tenue secrète entre Paris, Bor­deaux, Bar­ce­lone, l’île d’Oléron et bien sûr Venise dont Domi­nique devient le nom et y « fait tour­ner l’année à l’envers ». Tout Sol­lers est là. Et l’aimée dont il sera séparé par la mort conserve ses pétales fra­giles dans l’étreinte du vent d’ailleurs.

Ses pen­sées ne font pas que som­meiller  dans les hautes herbes de telles lettres. Celles de Domi­nique Rolin sont du même ton­neau : on aime­rait les lires dans leurs jeux de « repons » : mais Gal­li­mard annonce qu’elles vont bien­tôt paraître. Preuve qu’il faut dans l’amour deman­der un peu de temps au temps.
Sol­lers — dans ce qui est bien plus qu’un jeu lit­té­raire  — sait res­ter aussi fébrile et épris que fri­vole et facé­tieux. Par­fois il se sent seul dans ce monde et ses pen­sées se trans­forment comme pluies de mois­son avec des bles­sures et des joies qui l’inondent. Il y a là des pay­sages, des par­fums et une musique sur­tout. Du Mozart for­cé­ment puisque les cœurs sou­pirent. Juste pour attendre que l’aimée se dénude pour s’habiller de brise. Désor­mais, ces lettres sont des Sau­dade. L’écrivain nous apprend à sou­rire aux sou­ve­nirs d’antan  là où par­fois une sil­houette revient dans un désha­billé de den­telles et dans la lumière douce d’une lampe de chevet.

jean-paul gavard-perret

Phi­lippe Sol­lers, Lettres à Domi­nique Rolin (1958–1980), Edi­tion de Frans de Haes, Gal­li­mard, Paris, 2017, 400 p.  — 21,00  €.

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