Celle qui courait dans les Terres Froides: entretien avec Dominique Servonnat

Trop sou­vent pour un pié­ton dans la ville, l’apparence s’efface, s’oublie. Domi­nique Ser­von­nat lui redonne une pré­sence. Il en va de même pour ses habi­tants. La pho­to­graphe les sai­sit quels qu’ils soient. Chaque fois, en se per­dant en ses déam­bu­la­tions, la créa­trice se laisse éton­ner par ce qu’elle ren­contre. Elle sou­ligne le choc des cultures peut-être plus voyant dans les grandes cités amé­ri­caines qu’ailleurs. A chaque coin de rue existe tou­jours une vague à estam­per ou à endi­guer, une paroi à creu­ser. Dans sa diver­sité, sa richesse ou sa pau­vreté, la ville est offerte de manière poé­tique et cri­tique. 
La pho­to­graphe découvre ce qui est cou­vert et couvre ce qui habi­tuel­le­ment semble à nu, par­fois avec humour. Le lan­gage des corps et des rues crée une com­pa­cité sub­tile et hybride en une pro­blé­ma­tique axée sur le déca­lage. Sous l’ordre de la cité, Domi­nique Ser­von­nat sou­ligne les fables qui s’y fondent et les errances qui s’y pour­suivent. L’espace y devient temps. Temps non pulsé mais à l’indéniable force suggestive.

 Entretien :

Qu’est-ce qui vous fait lever le matin ?
Le café, le plai­sir de voir le jour se lever, un sen­ti­ment dif­fus d’urgence face à l’âge qui me rattrape.

Que sont deve­nus vos rêves d’enfant ?
J’ai rêvé d’être cham­pionne olym­pique de course à pied (n’ importe laquelle). Tout s’est effon­dré quand Michel Jazy a pris la qua­trième place sur 5000 m aux JO de Tokyo en 1964. Plus sérieu­se­ment, mes rêves d’enfant ont grandi avec moi.

A quoi avez-vous renoncé ?
J’ai cessé de courir…

D’où venez-vous ?
Des terres froides du Dau­phiné, de mes parents.

Qu’avez-vous reçu en dot ?
La timi­dité, je me suis construite avec. Le tra­vail comme vertu cardinale.

Un petit plai­sir — quo­ti­dien ou non ?
Un verre de Séguret.

Qu’est-ce qui vous dis­tingue des autres pho­to­graphes ?
Rien. Je sup­pose que cha­cun tra­vaille beau­coup et prend plai­sir à ce qu’il fait.

Com­ment définiriez-vous votre approche du pay­sage, qu’y cher­chez vous ?
Je pho­to­gra­phie les villes parce que les hori­zons y sont finis. J’ai besoin que mon regard tombe en arrêt, bute sur quelque chose.

Quelle est la pre­mière image qui vous inter­pella ?
Un pay­sage de neige sur le calen­drier des postes. Ensuite, ça a été ” le géant juif chez ses parents dans le Bronx ” de Diane Arbus.

Et votre pre­mière lec­ture ?
” Fran­ckie Adams ” de Car­son Mac Cullers .

Quelles musiques écoutez-vous ?
Le requiem de Mozart, ” Kind of blue ” de Miles Davis, Chet Baker, Bashung.

Quel est le livre que vous aimez relire ?
” Mrs Dalloway “.

Quel film vous fait pleu­rer ?
Aucun depuis “Sissi impératrice”.

Quand vous vous regar­dez dans un miroir qui voyez-vous ?
Pas moi mais l’Autre, c’est-à-dire la femme que j’aime.

A qui n’avez-vous jamais osé écrire ?
Vir­gi­nia Woolf, Fer­nando Pes­soa, Paul Valéry. Etre née après leur dis­pa­ri­tion m’a dis­pen­sée de ne pas oser.

Quel(le) ville ou lieu a pour vous valeur de mythe ?
Il y a long­temps, les gens de ma géné­ra­tion écou­taient Bécaud chan­ter ” dimanche à Orly “. Pour moi, tout est là : le lieu qui a valeur de mythe est celui où je n’irai pas !

Quels sont les artistes et écri­vains dont vous vous sen­tez le plus proche ?
Nico­las Pous­sin, Egon Schiele, Ser­gio Larain, Roy de Carava, Louis Stettner…

Qu’aimeriez-vous rece­voir pour votre anni­ver­saire ?
Très peu de petits riens …ou un tableau de Pierre Soulages.

Que défendez-vous ?
L’honnêteté intel­lec­tuelle, la gentillesse.

Que vous ins­pire la phrase de Lacan : “L’Amour c’est don­ner quelque chose qu’on n’a pas à quelqu’un qui n’en veut pas”?
Ah, Lacan qu’est-ce qu’il est drôle ! je lui pré­fère tout de même Bus­ter Keaton…

Que pensez-vous de celle de W. Allen : “La réponse est oui mais quelle était la ques­tion ?“
Qu’il n’y a pas d’alternative au ” oui “. Il n’y en a jamais, d’ailleurs…

Quelle ques­tion ai-je oublié de vous poser ?
Com­ment allez– vous ?

Pré­sen­ta­tion et entre­tien réa­li­sés par jean-paul gavard-perret pour lelitteraire.com, le 17 décembre 2017.

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