Jean-Luc Cornette, Jerry Frissen & Paul Teng, Jhen — t.16 : “La Peste”

Quand la mala­die n’est pas la plus dangereuse

Jhen a com­mencé à vivre des aven­tures en 1978 dans le jour­nal Tin­tin. Il por­tait alors le nom de Xan. Deux albums ont été édi­tés en 1984 et 1985 par Le Lom­bard : L’Or de la mort et Jehanne de France. C’est en 1984 que Xan Larc prend un nou­veau patro­nyme quand son créa­teur quitte les Édi­tions du Lom­bard pour Cas­ter­man. Et depuis, sous la hou­lette de Jacques Mar­tin, de Jean Players jusqu’en 2000, avec Hugues Payen jusqu’en 2008, puis par Jerry Fris­sen et Jean-Luc Cor­nette dès 2013, ce jeune archi­tecte vit sa sei­zième aven­ture dans le Royaume de Naples.

À Trani, dans le royaume de Naples, des marins venant de Gènes se détendent dans une auberge quand l’un d’eux est pris d’un malaise subit. Un barbier-chirurgien juge oppor­tun de lui faire une sai­gnée. Le bol de sang est jeté par l’aubergiste. Un chien errant vient laper la flaque.
Timor et Rachel et leur fils Elioz sont reve­nus et veulent reprendre leurs biens, le mou­lin et les oli­viers. Les occu­pants ne veulent pas céder la place. Le sei­gneur Don Save­rio s’étonne de leur retour mais leur donne rai­son.
Jhen Roque et Ven­ces­las arrivent à Trani pour res­tau­rer la cathé­drale San Nicola Pel­le­grino. Ils retrouvent Rafaël, un peintre ren­con­tré lors de l’aventure avec L’Alchimiste. Arrive dame Lucre­zia Orsini, l’épouse de Don Save­rio, qui finance les tra­vaux. Aniello, un simple d’esprit, tou­jours accom­pa­gné d’un por­ce­let, se prend pour San Nicola. Des ouvriers détournent son atten­tion pen­dant que d’autres s’emparent de son ani­mal domes­tique, un ani­mal qui a été fouiller dans les entrailles du chien mort après vomis­se­ments. Tout le monde se régale de cette viande cuite à la broche.
Le len­de­main, Rafaël, qui a détecté des capa­ci­tés artis­tiques chez Elioz, le fait tra­vailler avec lui. Quand Lucre­zia le voit, elle entre en furie ne vou­lant pas que le saint chré­tien soit peint par un juif ! La peste se déclare et s’ensuit la recherche de cou­pables. Le couple de juifs, Timor et Rachel dont le retour coïn­cide avec le début de l’épidémie est accusé. Jhen et ses amis tentent de s’interposer. Mais la popu­lace, exci­tée par une Lucre­zia qui entre­tient de lourds res­sen­ti­ments depuis des années contre le couple…

Les scé­na­ristes prennent des marins génois comme vec­teurs de pro­pa­ga­tion, comme pour la grande peste de 1347 qui fut ame­née à Mar­seille puis qui rava­gea la France et une grande par­tie de l’Europe. Ils montrent com­ment le manque d’hygiène et l’ignorance per­mettent à la mala­die de se pro­pa­ger en toute quié­tude. Outre cette piste d’intrigue, ils uti­lisent une constante his­to­rique qui vou­lait que les juifs soient les ins­ti­ga­teurs de toutes épi­dé­mies, les res­pon­sables à châ­tier. Mais ils incluent dans leur récit une dimen­sion sup­plé­men­taire ancrée dans le passé, un évé­ne­ment qui entre­tient une volonté de ven­geance. Ces don­nées auto­risent de nom­breuses scènes de com­bat, d’échauffourées, d’actions vio­lentes.
Paral­lè­le­ment, les scé­na­ristes détaillent la vie quo­ti­dienne de cette époque et les diverses inter­ac­tions entre les groupes sociaux. Ils res­ti­tuent une excel­lente pein­ture des mœurs, de l’art, des cos­tumes, des armées de l’époque. L’intrigue, bien construite, son dérou­le­ment bien maî­trisé, entre­tient une ten­sion jusqu’à une conclu­sion atten­due lorsque l’on a à faire à un héros récurrent.

Paul Teng assure un gra­phisme réa­liste, puis­sant, bien docu­menté. Il sert à mer­veille la ges­tuelle de ses per­son­nages, réa­lise des décors de belle fac­ture dans une mise en page qui semble clas­sique mais qui pré­sente sub­ti­le­ment une belle mise en scène. Oublions Jacques Mar­tin pour saluer le beau tra­vail des créa­teurs tant sur le scé­na­rio que sur le graphisme.

serge per­raud

Jean-Luc Cor­nette & Jerry Fris­sen (scé­na­riste), Paul Teng (des­sin), Véro­nique Robin (cou­leurs), Jhen, t.16 : “La Peste”, Cas­ter­man, novembre 2017, 48 p. – 11,50 €.

Leave a Comment

Filed under Bande dessinée

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

*

Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>