Claire Morel, Coffret

Dehors, dedans – l’envers et l’endroit

Claire Morel trans­forme les corps, elle y crée au besoin des creux. Le tout dans des céré­mo­nials para­doxaux. Mais la solen­nité est un leurre même si ce der­nier joue un grand rôle. Il indique que ce qui se passe dans le réel n’est qu’apparence. Les actes accom­plis (ou subis) semble l’objet certes d’un culte. Cer­taines actions, par la vio­lence qu’elles affichent, semblent repré­sen­ter des rites expia­toires où seul le mou­ve­ment lui-même est impor­tant.
Le regar­deur est pris de ver­tige face à des images qui purgent le moi. Il est rem­placé par un tissu de rela­tions som­nam­bu­liques, de méca­niques hyp­no­tiques de marion­nettes. Un monde se clôt sans débou­cher magi­que­ment sur un cycle cos­mique mais sur son contraire : un monde du bien­tôt sourd et du bien­tôt muet, un monde du presque chaos. L’image décale l’être au sein à la fois d’agression et d’atteinte au sein d’une spec­tra­lité particulière.

Dès lors “le drame de la vie”(pour reprendre le titre de Valère Nova­rina) est constellé de cir­cons­tances par­ti­cu­lière et appa­rem­ment sur­réa­listes qui, plus que de consti­tuer une rai­son valable de vivre, per­mettent seule­ment de prendre conscience de ce dont on est privé. A savoir, une sorte de pro­tec­tion. Ou d’identité. La fonc­tion « théâ­trale » de la repré­sen­ta­tion ne consiste plus à mon­trer en quoi consiste le fait d’être là mais d’être un autre qui sai­sit ou est saisi.
L’image n’est plus sous l’emprise du visible mais d’un visua­li­sable presque sym­bo­lique. Et si le temps rebon­dit, la figu­ra­tion est aban­don­née au peu qu’elle est, même si l’artiste tente d’affermir une consis­tance d’un ordre par­ti­cu­lier mais qui se défait. L’être court après son ombre ou cherche dans l’autre ce qu’il ne pos­sède pas lui-même en espé­rant récu­pé­rer des gouttes de miel. Elles coulent d’un gâteau empoi­sonné en ce que cha­cun court le risque de la dépos­ses­sion pré­sen­tée — pour désa­mor­cer l’angoisse ou la pous­ser — selon une iro­nie mordante.

jean-paul gavard-perret

Claire Morel,  Cof­fret, Lit­te­ra­ture Mineure, Rouen, 2017  — 25,00  €.

 

 

 

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