Joyce Carol Oates, La Princesse-Maïs et autres cauchemars

Recueil de cau­cher­mars magnifiques

Dans ce recueil de sept nou­velles, Joyce Carol Oates nous pro­pose des contes pleins d’inventivité et se sus­pense.
“La Princesse-Maïs”, la pre­mière et la plus longue qui donne son titre au livre, pré­sente l’histoire émou­vante de Marissa, belle et douce gamine de onze ans aux che­veux de la cou­leur des soies de maïs, qu’une fille plus âgée enlève de son école pour la livrer en pâture à deux amis à elle, fana­tiques de la légende indienne de la Princesse-Maïs – où l’on sacri­fie une jeune fille afin de s’assurer une bonne récolte. Marissa est rete­nue pri­son­nière dans une cave iso­lée et convain­cue que la fin du monde est arri­vée. Son sort appa­rem­ment iné­luc­table devient encore plus atroce quand la fille qui l’a enle­vée s’amuse à exer­cer sur elle un pou­voir proche du sadisme.

Cette nou­velle est, à l’image du reste du recueil, d’un lyrisme et d’une puis­sance évo­ca­trice dignes des plus grands auteurs, dont Oates nous prouve encore une fois qu’elle fait par­tie. Dans la lignée des his­toires regor­geant de per­son­nages tor­dus à sou­hait (voir Daddy Love, déjà recensé ici), les nou­velles de ce recueil sont sou­vent déran­geantes, et pour­tant on ne par­vient pas à repo­ser le livre. Suivent « Ber­sa­bée », l’histoire de la ven­geance d’une jeune femme envers son beau-père ; « Per­sonne ne connaît mon nom », une his­toire de jalou­sie entre sœurs vue à tra­vers les yeux de l’aînée à l’arrivée au monde de la der­nière ; « Personnages-fossiles » et « Cham­pi­gnon mor­tel », autres plon­gées dans les rela­tions frères-sœurs, ici chez des jumeaux dont les liens ne sont pas aussi étroits qu’on pour­rait l’imaginer ; « Hel­ping Hands » s’attarde sur le deuil d’une veuve et son besoin urgent de rem­pla­cer son époux décédé par qui­conque lui prê­tera la moindre atten­tion ; enfin, « Un trou dans la tête » plonge dans la société des riches Amé­ri­cains, qui fait appel pour la ser­vir aux moins favorisés.

L’œuvre de Joyce Carol Oates est vaste dans les styles qu’elle maî­trise, de la lit­té­ra­ture tra­di­tion­nelle aux thril­lers, en pas­sant par le gothique, au sens le plus pur du terme. Son écri­ture est crue, à vif et pour­tant pleine d’émotion, ses per­son­nages cap­turent l’essence même de l’humanité dans ses aspects dro­la­tique, hor­ri­fique et étrange. Dans ce recueil, peut-être encore plus à cause de sa forme – la nou­velle – qui oblige à l’épure et au droit au but, elle nous livre une expé­rience effrayante, dans le style comme dans la forme.
Les sept his­toires conte­nues dans ce livre ren­forcent l’idée que Oates n’a jamais cessé d’évoluer, jamais cessé de défier les conven­tions, quitte à cho­quer, quitte à déran­ger. D’où la dif­fi­culté qu’il y a à recen­ser une œuvre de cette auteure, à la com­pa­rer à d’autres voire à elle-même, car elle refuse l’immobilisme. Les genres dont elle se réclame, elle les bous­cule, elle les adapte, elle apporte sa créa­ti­vité inéga­lée dans tout ce qu’elle crée.

agathe de lastyns

Joyce Carol Oates, La Princesse-Maïs et autres cau­che­mars, tra­duit de l’anglais (États-Unis) par Chris­tine Auché et Cathe­rine Richard, éd. Phi­lippe Rey, octobre 2017, 384 p. — 23,00 €.

Leave a Comment

Filed under Nouvelles

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

*

Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>