Jean-Philippe Arrou-Vignod & Jean-Claude Götting (illustrations), Le prince sauvage et la renarde

Qui va à la chasse…

La période autom­nale et ses longues soi­rées au coin de la che­mi­née (ou blotti sous un plaid) est une occa­sion pro­pice pour renouer avec les contes : les grands clas­siques d’hier, ou ceux d’aujourd’hui. Car cer­tains auteurs ont encore assez d’audace et d’imagination pour nous pro­po­ser quelques nou­veaux textes, dans la lignée d’Andersen ou des frères Grimm. C’est le pari réussi que s’est lancé Jean-Philippe Arrou-Vignod, un auteur bien connu des édi­tions jeu­nesse et d’un public plus mûr éga­le­ment. Avec Le prince Sau­vage et la renarde, il nous livre une his­toire à l’ancienne, où le mer­veilleux et la réflexion éco­lo­gique se marient habi­le­ment.
Dans un royaume loin­tain et pai­sible naquit un prince qui, dès son plus jeune âge, ne pen­sait qu’à chas­ser ani­maux de toutes sortes. La moindre mouche y per­dait ses ailes, et les volailles leurs plumes. En attei­gnant l’âge adulte, son pré­nom Sau­vage était plus que mérité. Ses parents n’arrivaient à lui four­nir aucune édu­ca­tion, et les quelques prin­cesses qu’on lui pré­sen­tait fai­saient vite demi-tour devant son aspect crotté et son manque de civi­li­tés. Un jour qu’il tra­quait un cerf, sa jambe se prit dans un piège, qu’il avait lui-même posé. Perdu au plus pro­fond des bois, per­sonne n’entendit ses cris de rage et de dou­leur. Prêt à se rési­gner à dis­pa­raître à tout jamais, il fit alors une étrange ren­contre… qui allait l’amener à réflé­chir au sens de la Vie, et à sa valeur.

L’auteur nous livre une belle réflexion sur ce que l’espèce humaine est en train de faire à sa pla­nète. Trop occupé à régner et à assou­vir ses plai­sirs per­son­nels, Sau­vage ne com­mu­nie plus avec la nature que par la chasse. Mais il en a perdu toute huma­nité. Il ne fait cou­ler que le sang, et ne sait plus contem­pler les richesses que la nature peur pro­di­guer. La renarde, qui va appro­cher, lui per­met de renouer des liens avec son envi­ron­ne­ment, de (re)découvrir la Vie, et d’écouter ses sens en har­mo­nie avec la nature. Un mes­sage huma­niste, éco­lo­giste est ainsi déli­vré dans le res­pect des tra­di­tions du conte. La langue y est soi­gnée, avec des tour­nures de style anciennes, ce qui ren­force la magie de notre ima­gi­naire d’enfant, ou de grand enfant.
Les illus­tra­tions, d’une grande qua­lité, nous montrent une nature qui évo­lue au gré des sai­sons, comme le prince Sau­vage qui devien­dra un Homme digne de ce nom. Une belle palette de cou­leurs authen­tiques, qui renoue aussi avec l’imagerie d’antan. Le for­mat de cet album per­met aussi au des­si­na­teur, qui a entre autres choses réa­lisé les cou­ver­tures fran­çaises de la série Harry Pot­ter chez Folio Junior, de don­ner libre court à son talent.

Cet hymne à la nature pour­rait per­mettre aux parents de conso­li­der leurs liens avec leurs enfants au moment où les yeux doivent se fer­mer pai­si­ble­ment, en rêvant de la magie de notre monde. Et qui sait si dans nos rêves, les petits princes que nous sommes, sau­vages ou pas, ne trou­ve­ront pas une four­rure de renard(e) à caresser.

franck Bous­sard

Jean-Philippe Arrou-Vignod & Jean-Claude Göt­ting (illus­tra­tions), Le prince sau­vage et la renarde, Gal­li­mard Jeu­nesse, octobre 2017, 48 p.  – 16,00 €.

Leave a Comment

Filed under Beaux livres, Jeunesse

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

*

Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>