Arnaldur Indridason, Trilogie des ombres — t.2 : “La Femme de l’ombre”

Dans l’Islande de 1943…

À Copen­hague, Osval­dur, un étu­diant en méde­cine a le sen­ti­ment d’être suivi. Son ami Chris­tian, qui l’a recruté pour fon­der un réseau de résis­tance, a été arrêté par les alle­mands.
Dans la ville fin­lan­daise de Pet­samo une jeune femme attend son fiancé pour ren­trer en Islande avec l’Esja, un paque­bot qui doit rapa­trier les Islan­dais d’Europe dans leur pays. Il n’arrive pas. Recon­nais­sant Ingi­mar, un des cama­rades de faculté de son fiancé, elle l’interroge. Celui-ci a entendu dire qu’Osvaldur aurait été arrêté. Le capi­taine du bateau obtient par radio l’information et tout le monde embarque.
À Red­ja­vik, Flovent, le seul agent de la cri­mi­nelle, et Thor­son de la police mili­taire sont confron­tés à une agres­sion sau­vage. Près d’un bar à sol­dats, un homme a été assailli à coups de tes­sons de bou­teille. Il décède rapi­de­ment. Aucune dis­pa­ri­tion n’est signa­lée, tant dans l’armée que dans la popu­la­tion locale. Un noyé vient s’échouer sur la côte au sud du nou­vel aéro­port. Des ana­lyses révèlent  à l’autopsie une ano­ma­lie. Une femme, qui fré­quente régu­liè­re­ment les mili­taires, dis­pa­raît. L’enquête s’annonce dif­fi­cile entre une armée amé­ri­caine jalouse de ses pré­ro­ga­tives et une popu­la­tion locale peu moti­vée.
Pen­dant la tra­ver­sée, la fian­cée d’ Osval­dur est relan­cée par Man­fred, un joli gar­çon avec qui elle a eu une aven­ture à Copen­hague. Celui-ci veut renouer alors qu’elle est tour­men­tée par le remords pour avoir trompé Osval­dur. Ingi­mar, l’ayant vu en dis­cus­sion avec Man­fred, lui demande si elle le connait et si elle connait l’oncle de celui-ci. Après une alerte, le bateau repart mais le capi­taine constate la dis­pa­ri­tion d’un pas­sa­ger… Ingi­mar.
Ins­tal­lée depuis quelques mois chez sa tante, l’héroïne reçoit la visite de Krist­mann. Celui-ci est à la recherche de celui ou ceux qui ont jeté son frère, Ingi­mar, par-dessus le bord de l’Esja. Peu à peu, ils four­bissent une machi­na­tion dans un uni­vers en guerre où les masques ne sont pas faciles à faire tomber…

Avec ce second volet de sa tri­lo­gie sur le monde de l’espionnage en Islande pen­dant la seconde Guerre mon­diale, le roman­cier dépeint l’atmosphère qui régnait dans l’île. Il raconte les dif­fi­ciles rela­tions entre cette armée d’occupation et la popu­la­tion locale. Il met en scène une gale­rie de per­son­nages qui couvrent la quasi-totalité des carac­tères cou­rants que l’on trouve dans une société humaine, allant du plus répu­gnant au plus empa­thique, des indi­vi­dus vivants des drames intimes. Il évoque le pro­blème des jeunes hommes tra­vaillés par la tes­to­sté­rone, une popu­la­tion en sur­nombre, déca­lée, confi­née, prêt à des excès.
Il en découle la variété de la pros­ti­tu­tion, les lieux où les rela­tions plus ou moins tari­fées se nouent, où s’échangent des pro­duits ali­men­tant un mar­ché noir. L’auteur évoque la situa­tion des homo­sexuels, une incli­nai­son fort mal vue à l’époque, sur­tout dans l’armée. Outre la pros­ti­tu­tion, le viol reste la ten­ta­tion d’un petit nombre avec ses consé­quences. Indri­da­son raconte la vie bou­le­ver­sée de femmes qui cherchent refuge dans les dif­fé­rents sen­ti­ments qui font et défont les couples, avec le désir de revanche, de ven­geance. Il remet en scène les deux jeunes enquê­teurs du pre­mier volume, à savoir Flovent et Thor­sen, et les mesure à une hié­rar­chie fer­mée, leur fait suivre des pistes contra­dic­toires et dan­ge­reuses face à des offi­ciers cor­rom­pus, à la Ges­tapo et à de vul­gaires voyous…

Arnal­dur Indri­da­son conjugue plu­sieurs intrigues entre­mê­lées, à suivre avec atten­tion, à l’image de cet uni­vers de l’ombre, toile de fond de sa tri­lo­gie. Le roman­cier joue avec le temps, joue avec un déca­lage dont il donne cepen­dant, l’indication dès la pre­mière page avec une infor­ma­tion his­to­rique. La Femme de l’ombre est cap­ti­vant avec sa théo­rie de pro­ta­go­nistes atta­chants ou ignobles selon leur rôle, avec ces intrigues habi­le­ment menées dans un cadre his­to­rique à décou­vrir, un aspect peu connu de la Seconde Guerre mondiale.

lire notre cri­tique de Dans l’ombre (tome 1)

serge per­raud

Arnal­dur Indri­da­son, Tri­lo­gie des ombres, t.2 : La Femme de l’ombre (Pet­samo), tra­duit de l’islandais par Éric Boury, Édi­tions Métai­lié, Biblio­thèque Nor­dique (Noir), octobre 2017, 336 p. – 21, 00 €.

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